Homélie pour la fête de Assomption

(Dom ROY, abbé de Fontgombault, 15-08-1969)


Dante Alighieri, le poète théologien, nous dit qu'au Paradis il vit, "au milieu de plus de mille anges en fête... sourire une beauté qui était une joie dans les yeux de tous les autres saints" (Paradis C 21).
Et cette beauté, cette joie, c'était Marie.

De Marie, les Pères de l'Eglise ont osé dire qu'Elle est plus belle que la beauté.

Nous ne pouvons imaginer que de manière bien déficiente la beauté de Marie telle qu'elle resplendit dans la gloire céleste. Pour évoquer cette beauté, l'Eglise fait appel à des images et nous avons chanté au début de la messe :

"Un signe grandiose est apparu dans le Ciel : c'est une Femme.
Le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds, et douze étoiles couronnent sa tête".

Mais nous demeurons bien ignorants de la beauté de Marie élevée dans son corps et dans son âme à la gloire suprême du Ciel où, Reine, elle resplendit à la droite de son Fils, le Roi immortel des siècles.

Dès le courant de la vie mortelle de Notre-Dame, la beauté de Marie avait quelque chose d'ineffable.

"Quand le Verbe voulut s'incarner, Il jeta son regard sur la créature idéalement parfaite, une enfant dans la grâce de sa virginité. Après qu'à cette grâce vint s'ajouter, par un miracle unique, celle de la maternité divine, elle apparut d'une si sublime beauté que les artistes, les poètes, les saints tentèrent ardemment, mais toujours en vain, d'en faire le portrait". (Pie XII)

Il est difficile aux pauvres mortels que nous sommes d'exprimer la beauté d'une Vierge Mère de Dieu, de l'Immaculée Conception, destinée à régner au Ciel avec son Fils.
Les privilèges de Marie sont connexes, et l'Assomption les couronne.
L'Assomption résulte de la Maternité divine de Marie, mais elle répond spécialement à l'Immaculée Conception et à l'intégrité virginale de Notre-Dame.

Vierge, Marie l'a été sur notre terre, d'esprit, de cœur et de corps.

Vierge d'esprit, Notre-Dame a été exemplaire dans la foi. Elle jugeait, elle raisonnait selon Dieu.
Elle est, après Jésus-Christ, fondement et rempart de la foi de l'Eglise.
Elle a triomphé de toutes les hérésies. Saint Germain de Constantinople a osé lui dire : "Personne, ô Vierge très sainte, n'est rempli de la connaissance que par vous".

Il lui appartient de conduire à la connaissance de Jésus. "Personne au monde, comme elle, n'a connu à fond Jésus ; personne n'est meilleur maître et meilleur guide pour faire connaître Jésus". (saint Pie X)

En ces jours d'infidélité et de perversion des esprits, bien loin de nous décourager, regardons Marie radieuse de lumière surnaturelle, pour Elle et pour nous.

Illuminatrice de nos âmes, Marie, Vierge de cœur et de corps, est aussi pour nous maîtresse de PURETE.

Sur la pente où, malgré tant de sainteté cachée dans l'Eglise, glisse notre pauvre monde, la corruption des mœurs va de pair avec celle des esprits.

De cette corruption morale, je ne relèverai ici qu'un trait, mais combien significatif : l'horrible indécence de certaines modes vestimentaires, horrible au regard humain, horrible aux yeux de la foi.
Ces modes infâmes sont maintenant si répandues, et parfois jusque dans les milieux chrétiens, elles se produisent de façon si éhontée que les habitants du désert eux-mêmes, c'est-à-dire les moines, ne peuvent en ignorer complètement l'existence. La prière est l'arme des moines contre ce scandale :
s'il s'était trouvé dix justes dans les villes maudites qui furent détruites par le feu du temps d'Abraham, elles n'auraient pas été détruites (cf. Gen. 19).

Mais les chrétiens qui vivent dans le monde doivent ajouter à la prière l'action directe contre les modes scandaleuses. Qu'ils ne disent pas : cela ne fait pas de mal, on s'y habitue. Qui le pense réellement ?

Et puis, souvenons-nous que dans un corps, seul le membre mort est incapable de sentir la douleur. Qu'on ne dise pas non plus : il faut bien suivre la mode, comme tout le monde, sous peine d'être ridicule.

D'abord, heureusement, tout le monde ne suit pas les modes indécentes.
Et puis, vraiment, convient-il à des êtres humains, libres, de s'asservir à la tyrannie de la mode, et d'une mode à la fois inesthétique et immorale qui ôte à la créature de Dieu de son charme et de sa dignité ?

Il faut réagir. Il faut que les familles chrétiennes donnent en ce domaine un exemple irréprochable.

La responsabilité des pères de famille est ici gravement et principalement engagée.
Les parents doivent veiller rigoureusement à la tenue de leurs enfants, les époux à celles de leurs épouses. Les femmes et les jeunes filles doivent se modeler sur la Vierge Marie.

Il faut qu'une vraie croisade s'organise dans l'Église sous la grâce de Dieu.
Heureusement le mouvement est amorcé (...) mais il faut que ce mouvement s'amplifie.

En ce jour de l'Assomption, vous tous ici réunis, voulez-vous offrir à Marie un bel hommage qui lui soit très agréable ?

Offrez-lui chacun votre cœur bien décidé à faire tout ce qui dépendra de vous pour que la mode soit exempte de toute indécence, pour que règne la pureté chez les enfants de l'Eglise, dans toute l'humanité.

Notre croisade triomphera, à cause de Celle qui est toute pure, et qui est la Mère très puissante et très bonne du Christ, de l'Eglise et de chacun de nous, plus belle que la beauté, joie dans les yeux des saints et dont le Roi lui-même s'est épris.


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