L'Église fête ensemble ces deux apôtres si contrastés et si passionnés du Christ.
Portraits comparés de Saint Pierre et Saint Paul. Dessin.

 La liturgie du 29 juin unit dans une même fête les deux apôtres Pierre et Paul. Pourtant l’histoire de leur vocation a été bien différente.

Pierre

Pierre était un artisan pêcheur. Il était juif “de l’intérieur”, n’ayant jamais vécu en dehors de la Galilée.

Selon tous les Évangiles, il a fait partie des premiers appelés de Jésus. (Mc 1, 16-18 ; Jn 1 41-42)
Il a suivi Jésus depuis son baptême par Jean jusqu’à l’Ascension. (cf. Ac 1, 21-22)
Il l’a suivi avec sa générosité impétueuse, son affection, sa spontanéité... et aussi avec ses limites, ses fautes, ses sincérités successives.

Ainsi, dans un bel acte de foi, il déclare : “Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant”, ce qui lui vaut ce compliment de Jésus : “Tu es heureux, Simon”.

Aussitôt après, il fait la leçon à Jésus : "Ce que tu annonces de ta passion et de ta mort ne peut pas arriver ! "
Cela lui attire de Jésus cette réponse cinglante : “Passe derrière moi, Satan ! ” (Mt 16, 13-23)

Avant la passion, il affirme sans sourciller : "Je te suivrai jusqu’à la mort". (Lc 22, 62)
De fait, à l’arrestation de Jésus, il sort son épée. (Jn 18, 10)

Mais immédiatement après, il s’effondre : "je ne connais pas cet homme" (Mc 14, 71). Et c’est vrai qu’il ne connaît pas encore le mystère de Jésus.
Mais aussitôt suivent les larmes. (Lc 22, 62)
Quel cauchemar a dû vivre Pierre durant la passion et la mort de Jésus !

Après la Résurrection, il reconnaît en toute humilité : “Tu sais tout, tu sais bien que je t’aime”.

A travers la détresse de la mort et la joie de la Résurrection, Pierre a progressé dans la connaissance de Jésus, qui lui confirme sa mission : “sois le berger de mes brebis”. Mais le naturel revient au galop.
Voyant Jean, il a besoin de savoir ce qui l’attend : “Seigneur, et lui ?” - “Laisse faire, répond Jésus... Toi, suis-moi “. (Jn 21)

Avec la Pentecôte, Pierre trouve sa pleine dimension de chef du groupe des Apôtres. Il est le premier à annoncer le Christ. (Ac 2, 14)
Il se donne à l’évangélisation à Jérusalem, en Samarie (Ac 8, 14), “ partout ”, disent les Actes. (9, 32)
C’est lui le premier qui accueille les païens dans l’Église. (Ac 10-11)

Puis, c’est le silence. Qu’a-t-il fait ensuite ? Nous savons qu’il est allé à Rome, où il est mort martyr.
Le Christ a aimé Pierre, l’a appelé, lui a confié une mission exceptionnelle, alors que rien ne semblait le préparer à cela.
Et Pierre a suivi le Christ, l’a aimé, lui a donné sa vie, tout ce qu’il était, ses qualités et ses défauts, ses talents et ses limites. Quelle source d’espérance pour nous dans notre propre vocation !

Paul

Paul est un docteur de la Loi, ancien élève du célèbre Gamaliel à Jérusalem.
Il est un juif de la "Diaspora", “de l’extérieur” de la Palestine.
Il est de culture à la fois juive et grecque (Ac 22, 3) et a l’insigne honneur d’être citoyen romain.

Il est, et nous ne pouvons pas en douter, un pharisien irréprochable.
Plus que tout autre, il a senti combien Jésus mettait en danger sa foi juive et sa vie de pharisien.
Il a donc jugé de son devoir d’éradiquer la nouvelle religion. Il l’a fait en toute bonne foi et pour l’honneur de Dieu.
D’une fidélité intransigeante, zélé jusqu’au fanatisme, il est un juif droit et vrai, qui ne fait rien à moitié. (Ga 1, 11-14 ; Ph 3 4-7 ; Ac 26 4-5)

Et voici, sur le chemin de Damas, l’appel abrupt et irrésistible du Christ ressuscité !
Paul découvre tout d’un seul coup.
Oui, Jésus est le Fils de Dieu, le Messie crucifié et ressuscité.
Oui, il est le sens dernier des Écritures.
Oui, l’Église est son Corps et son Épouse.

Son cheminement commence là où celui de Pierre a fini. Cela ne s’est pas fait sans déchirement.
Il lui a fallu du temps pour assimiler et intérioriser ce qui lui a été révélé d’un seul coup.
Qu’a-t-il fait pendant ses années de silence et son temps de désert (Ac 11 25-26 ; Ga 2, 1) ?

Avec quelle douleur il a dû reconnaître qu’il s’était trompé et qu’il devait considérer sa vie antérieure
comme un tas d’ordures au regard du Christ crucifié et ressuscité (Ph 3, 7-8) !
Il ne pouvait dès lors que s’engager dans la mission avec tout lui-même.

Pierre n’était pas un génie. Paul était un génie.

Nous savons peu de choses sur Pierre à partir du chapitre 15 des Actes des Apôtres.
Nous en savons davantage sur Paul grâce aux Actes des Apôtres et à ses lettres.
Nous connaissons ses voyages missionnaires, les Églises qu’il a fondées, ses joies, ses épreuves, ses luttes, ses expériences mystiques, la prodigieuse richesse de sa pensée.

Nous devinons aussi son caractère tendre et violent, son attachement aux communautés chrétiennes qu’il a fondées, et à ses disciples Timothée, Tite, Sylvain et d’autres.

En même temps, nous percevons sa difficulté de collaboration, allant jusqu’à la rupture avec son ami Barnabé, qui pourtant était allé le chercher à Tarse, l’avait introduit dans les milieux chrétiens de Jérusalem, l’avait lancé dans sa mission. (Ac 15, 39)

Quelle souffrance Paul a dû ressentir quand, sur ses vieux jours, il pensait à l’altercation violente qui avait causé sa séparation définitive avec Barnabé, au point qu’on n’a plus entendu parler de Barnabé à partir de ce moment-là (Ac 15, 39) !

Paul a été l’homme aux projets missionnaires illimités, qui l’ont peut-être conduit jusqu’en Espagne.
Il a tout donné au Christ, y compris sa vie à Rome en 67, comme Pierre en 64.

Comme pour Pierre, le Christ a saisi Paul avec toutes ses qualités et les défauts de ses qualités.

La grâce ne détruit pas la nature, mais l‘assume de l’intérieur pour en faire le matériau de la sainteté et l’outil de la mission. Quelle source de confiance !

Pierre et Paul

Pierre était, par le choix du Christ, le chef des Douze.
Paul, par le choix du Christ aussi, a été “l’avorton” né d’une façon violente. (1 Co 15, 8)

Mais tous deux ont été unis par l’amour et le service du même Christ, de la même Église, de la même évangélisation.

Tous deux ont eu la même fin de vie : le martyre à Rome : l’Église de Rome est l’Église des apôtres Pierre et Paul. Pierre et Paul sont le symbole de l’Église catholique, diverse et une.
Quel humour de la part de Dieu !

Quelle joie d’appartenir à l’Église capable, non seulement de tolérer, mais de présenter comme modèle cet attelage, humainement voué à l’échec, et de célébrer ensemble deux hommes aussi contrastés.

Nos vocations aux chemins différents forment la richesse de l’Église, à condition que nous soyons des amoureux passionnés du Christ, comme Pierre et Paul.

“Tous les chemins mènent à Rome”, dit-on. Ce fut vrai, au sens littéral de l’expression, pour Pierre et Paul.
L’expression est vraie aussi pour nous, dans la mesure où nous vivons nos vocations dans un lien de plus en plus étroit à l’Église de Rome, dont le Christ a voulu qu’elle soit d’une manière privilégiée l’Église des saints apôtres Pierre et Paul.

Mgr Raymond BOUCHEX (+)
Bulletin diocésain "Église d’Avignon" n°12, du 14 juin 1997.


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