Le jour de la Toussaint, l'Église nous fait entendre l'évangile des béatitudes.
Oui, nous allons vers le bonheur. Il y a un combat spirituel à mener...
mais ce bonheur est si grand que cela stimule notre énergie vers ce qui est définitif et éternel.

(Méditation tirée du livre de Jean LADAME : Les Béatitudes)

"Bienheureux ! ... Bienheureux !"

L'homme et le bonheur

En proclamant sur la montagne les béatitudes, Jésus répond au besoin de joie déposé par Dieu dans le cœur de l'homme. Celui-ci, par le péché, a fait de la terre une vallée de larmes où nous pleurons et gémissons.
Néanmoins, dès qu'un mince espoir se lève pour nous à l'horizon, nous reprenons haleine, notre œil s'illumine et nous voilà tendus vers un futur plus éclairé que n'est le présent.

Nous rêvons, en utopistes, des "lendemains qui chantent" et des progrès indéfinis de l'humanité, malades, nous attendons la guérison, même à l'instant de notre mort ; pauvres, le gain d'un tiercé ou d'un "gros lot" ; chrétiens, la reconquête du paradis perdu et l'accès à la nouvelle Jérusalem.

Aussi, le jour de la Toussaint, quelle consolation pour nous que d'entendre, comme un refrain nostalgique : "Bienheureux ! Bienheureux !"
Nous oublions souvent alors les conditions de la béatitude, pour ne penser qu'à la promesse qui nous en est faite, et qui est certaine puisque c'est le Maître qui nous l'annonce !

(... La vraie béatitude ne peut se trouver ni dans les richesses... ni dans les honneurs... ni dans la renommée ou la gloire... ni dans la puissance...)

Aucun bien créé n'est capable d'apaiser nos désirs, toute créature ne possédant qu'une bonté partielle et participée. Dieu seul peut combler en l'homme sa fringale de félicité ...

La vraie béatitude est à la fois contemplation du Seigneur et communication avec Lui.
Saint Augustin la définit "la joie de la vérité" : notre bonheur procédera, en effet, de la vision de DIEU-VÉRITÉ.
Certes, nous ne Le "comprendrons" pas, car seule l'intelligence infinie se saisit infiniment, mais nous découvrirons son Être autant que nous en serons capables.
En même temps, nous possèderons DIEU-AMOUR (ou, mieux, c'est Lui-même qui nous possèdera) et nous éprouverons DIEU-JOIE, et cela éternellement...

La conquête de la béatitude

La vision de Dieu est hors de notre portée humaine. Jamais, par nos propres forces, nous ne pourrions arriver à une telle contemplation : c'est un don de Dieu qui, comme "tout don excellent, toute donation parfaite vient d'En-Haut et descend du Père des lumières". (Jc 1, 17)

La vraie joie se reçoit de Dieu et nous avons à Lui demander un tel bien par la prière. Ici, comme toujours, le Christ est et sera notre Médiateur (de grâce et de gloire) : "Sans Moi, vous ne pouvez rien faire". (Jn 15, 5)

Dans le sermon sur la montagne, Il nous annonce la béatitude ;
par sa Passion, Il nous la mérite ;
par sa Résurrection, Il nous l'accorde.

Il nous faut, néanmoins, collaborer avec la grâce qui nous prévient, nous accompagne et nous permet d'atteindre la fin désirée. Notre bonheur suprême se conquiert par un combat spirituel : on ne naît pas heureux, on le devient avec le secours de Dieu et il faut y mettre le prix, qui est tout nous-mêmes.

Cette lutte pour la joie doit être permanente ; elle exige que nous résistions jusqu'au sang à tous les obstacles qui entraveraient cette conquête de notre fin dernière, que nous persévérions jusqu'à la fin.

Autrement dit : pour obtenir le bonheur du ciel, il faut se faire violence à soi-même. C'est le sens de cette phrase de l'Évangile : Le Royaume des cieux souffre violence, et ce sont les violents qui s'en emparent. (Mt 11,12)

Certes, chacun de nous, au soir de sa vie, s'il a accepté d'être embauché par le maître de la vigne, quelle que soit l'heure de l'embauche, recevra le denier promis, c'est-à-dire la vision éternelle de Dieu. Cependant, dit Jésus, "il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père" (Jn 14, 2) et celles-ci, commente saint Augustin, correspondent aux différents degrés de mérite de ceux qui sont admis au ciel.

Tous les élus bénéficient de la miséricorde divine, mais celle-ci ne fait pas fi de la justice : chacun recevra le salaire qu'il aura mérité selon sa collaboration avec les prévenances divines.
Chaque bienheureux possédera le bonheur qu'il aura désiré et auquel il se sera préparé. Il recevra donc la béatitude selon ses capacités d'accueil. N'empêche que les béatitudes seront différentes.

Une maison ne possédant que d'étroites lucarnes est emplie de toute la lumière qu'elle est capable de recevoir ; la demeure aux vastes baies aussi. Il s'agit de la même lumière, mais la différence est grande.
Il en sera de même pour la joie plénière et cette diversité ne viendra pas de Dieu, mais des hommes et de leurs réponses aux grâces du Seigneur.

Jésus, en nous annonçant les béatitudes, allèche notre cœur et stimule nos énergies. Lorsqu'il répète "Bienheureux ! Bienheureux !", il ne nous administre pas quelque baume lénifiant pour nous consoler en nos difficultés et nos afflictions. Il ne cherche pas à les apaiser, mais il veut nous aider à les transmuer. Comme il a changé l'eau en vin à Cana, il veut que nous transformions nos peines présentes en joie dès maintenant et pour toujours.

Il ne s'adresse donc qu'aux âmes fortes qui acceptent de se libérer de la servitude de l'égoïsme et de l'esclavage des passions ; il réclame également des âmes loyales qui ne clochent pas entre Baal et Dieu et qui ne cherchent pas à servir deux maîtres.

Par l'annonce des béatitudes, Jésus opère une mutation radicale des valeurs : il faut renoncer aux biens fallacieux, aux espérances trompeuses, aux plaisirs immédiats, mais vains et éphémères.
Notre regard doit se porter au-delà de l'horizon de l'humain et du présent.

Ce qui ne signifie pas, néanmoins, que nous devions renoncer aux engagements terrestres et aux saines valeurs humaines ; nous devons seulement nous libérer de tout ce qui est erroné dans nos communes façons d'envisager notre existence ici-bas ; et donc ne plus travailler pour ce qui ne peut vraiment pas satisfaire notre besoin de bonheur, mais, en nous insérant dans le royaume de Dieu, opérer du définitif et de l'éternel.

Ce programme du Christ, assurément paradoxal, n'a cependant rien d'utopique ; il est, au contraire, éminemment réaliste.
En menant une vie nouvelle en Dieu, en transformant en Lui notre être dans ce qu'il a de plus profond - le cœur - nous atteindrons un bonheur nouveau.
Déjà nous le possédons, et pas seulement en espérance, dans la mesure où le Seigneur est notre bien, où nous travaillons à sa gloire et, avec Lui, au salut du monde.

Une participation à la joie du Christ

Que l'on ne prétende donc pas que le christianisme est une religion de tristesse !
Certes la Croix ne peut être éliminée, mais elle source de bonheur : "Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? " (Lc 24, 46), dira Jésus aux disciples d'Emmaüs.

Mais Lui-même, avant le triomphe de sa Résurrection, en vivant les béatitudes qu'Il enseignait, n'a-t-Il pas été profondément heureux ? Sa joie lui venait de faire la volonté de Celui qui L'avait envoyé, d'être entre les mains de son Père et de s'abandonner filialement à Lui (...)

Sa propre joie, Il veut la communiquer à ses disciples : "Afin que ma joie soit en vous et qu'elle vous comble" (Jn 15, 11). (...) Ce bonheur du Christ, nous le partagerons si, en acceptant ces paradoxes, nous entrons avec lui au Royaume de Dieu.

(Jean LADAME. Les Béatitudes. ed. CLD - Extraits du chapitre 1)


Tous les documents et dessins pour la Toussaint - Page d'accueil - Index général