Ce document esquisse un "portrait" de saint Joseph. "C'était un homme juste", nous dit l'Évangile... ce qui résume ses nombreuses et très hautes qualités.

L'Église a toujours eu pour saint Joseph une affection toute particulière et l'honore d'une grande vénération : il est L'ÉPOUX DE MARIE et le PÈRE ADOPTIF DU CHRIST. A ce double titre d'honneur, s'ajoute le fait qu'il a été, par là même, dépositaire d'un secret infiniment précieux : le mystère de l'Incarnation.

La vie de saint Joseph ne nous est connue dans l'Evangile qu'à travers les événements relatifs à l'enfance de Jésus et de sa vie cachée. Elle se fond, en quelque sorte, avec celle de Jésus. Pas une parole de lui dans tout l'Evangile : il s'efface entièrement derrière le Fils de Dieu. C'est sa mission.

Saint Joseph est l'homme du SILENCE…

L'homme choisi par Dieu, entre tous, pour veiller sur son Fils…

"Le Père éternel a choisi saint Joseph pour être le nourricier et le gardien fidèle de ses principaux trésors, c'est-à-dire de son Fils et de Marie, son épouse : fonction qu'il a remplie très fidèlement.
C'est pourquoi le Seigneur a dit : Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître.

Si tu compares Joseph à tout le reste de l'Eglise du Christ, n'est-il pas l'homme particulièrement choisi, par lequel sous le couvert duquel le Christ est entré dans le monde de façon régulière et honorable ?

Si donc toute la sainte Eglise est débitrice envers la Vierge Marie parce que c'est par elle qu'elle a pu recevoir le Christ, après elle, c'est à saint Joseph qu'elle doit une reconnaissance et un respect sans pareil. Il est en effet la conclusion de l'Ancien Testament : c'est en lui que la dignité des patriarches et des prophètes reçoit le fruit promis. Lui seul a possédé en réalité ce que la bonté divine leur avait promis.

Certes, il ne faut pas en douter : l'intimité, le respect, la très haute dignité que le Christ, pendant sa vie humaine, portait à Joseph, comme un fils à l'égard de son père, il n'a pas renié tout cela au ciel, il l'a plutôt enrichi et achevé.

Aussi le Seigneur ajoute-t-il bien : Entre dans la joie de ton maître. Bien que la joie de l'éternelle béatitude entre dans le cœur, le Seigneur a préféré dire : Entre dans la joie de ton maître, pour faire comprendre mystérieusement que cette joie ne sera pas seulement en lui, mais qu'elle l'enveloppera et l'absorbera de tous côtés, qu'elle le submergera comme un abîme infini.

Souviens-toi de nous, bienheureux Joseph, intercède par le secours de ta prière auprès de ton Fils adoptif ; rends-nous propice également la bienheureuse Vierge, ton épouse, car elle est la mère de Celui qui, avec le Père et le Saint-Esprit, vit et règne pour les siècles sans fin. Amen. "
(saint Bernardin de Sienne, sermon pour la fête de saint Joseph)

Le chef de la Sainte Famille

Saint Joseph a été choisi par Dieu pour être le chef de cette famille constituée directement pour recevoir, protéger et nourrir le Christ.

Joseph et Marie : un mariage véritable

La présence de Joseph auprès de Marie était nécessaire, d'abord pour protéger sa virginité :

"Dans ce mariage très véritable où Joseph et Marie se sont donnés l'un à l'autre, ils se sont donné réciproquement leur virginité et, sur cette virginité, ils se cèdent un droit mutuel : celui de se la garder l'un à l'autre. Oui, Marie a droit de garder la virginité de Joseph et Joseph a droit de garder la virginité de Marie. Ni l'un ni l'autre n'en peut disposer, et toute la fidélité de ce mariage consiste à garder la virginité. Voilà les promesses qui les assemblent, voilà le traité qui les lie." (Bossuet)

Ensuite, pour justifier la naissance de l'Enfant Jésus, tout en cachant soigneusement - pour le temps prévu par Dieu - le mystère de l'Incarnation.

La foi en la conception virginale de Jésus a rencontré vive opposition, moqueries ou incompréhension de la part des non-croyants, juifs et païens (…) Le sens de cet événement n'est accessible qu'à la foi, qui le voit (…) dans l'ensemble des mystères du Christ, de son Incarnation à sa Pâque… (CEC 498)

Joseph, vraiment père de Jésus

Saint Joseph a été vraiment le père de Jésus. Il ne lui a pas transmis la vie ; mais, à la demande de Dieu, il l'a reçu comme son enfant. Il lui a donné son existence légale, officielle, sociale. Il a fait de Jésus un membre du peuple juif, il lui a permis d'être le Messie, fils de David, attendu par les Juifs (cf CEC 437). C'est pourquoi les Évangiles parlent des "parents de Jésus", du "père et de la mère de Jésus".

Il a droit à ce titre de PÈRE, parce qu'il était l'époux véritable de la Bienheureuse Vierge Marie et qu'il a rempli envers son Fils les droits et les devoirs de père :

L'Ange dit à Joseph : "Tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés." (Mt 1, 21)

C'était en effet la prérogative du père de conférer son nom à l'enfant. "Jésus" signifie : "Dieu sauve".

Sa réelle paternité se confirme encore :

- dans tous les soins dont il entoure l'Enfant, pour le nourrir, le protéger contre tant de dangers, enfin lorsqu'il lui apprend son métier de charpentier…

- dans la soumission de Jésus à son égard : il le vénère, il lui obéit comme tout enfant le doit à son père.

Saint Joseph, qui êtes-vous ?

Ce sont les courts épisodes de l'Évangile, racontés très brièvement - remplis cependant d'une intensité souvent dramatique - qui nous font entrevoir son "portrait". Son silence même laisse deviner ses nombreuses et très hautes qualités, toutes comprises dans un simple mot :"C'était un homme juste" (Mt 1, 19), nous dit sobrement l'Ecriture.

Au sens biblique, la notion de "justice" désigne d'abord la fidélité à la loi, et donc à la volonté de Dieu. Puis cette notion s'affinera jusqu'à parvenir à celle de "sainteté". Le juste, c'est l'homme selon le cœur de Dieu.
Nous trouverons dans la vie de saint Joseph de nombreux exemples pour notre propre vie spirituelle.

Une foi à toute épreuve…

Joseph, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse ; car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint… (Mt 1, 20)

Sans hésitation, Joseph croit l'ange. La parole de Dieu suffit : la certitude de l'invisible l'emporte sur l'évidence, l'apparence visible.

"Il surpasse la foi d'Abraham, bien que celui-ci nous soit donné comme le modèle de la foi parfaite. Abraham est loué pour avoir cru l'enfantement d'une stérile : Joseph a cru celui d'une vierge, et il a reconnu en simplicité ce grand et impénétrable mystère de la virginité féconde." (Bossuet)

Cette foi admirable lui obtient une gloire plus grande que celle de tous les rois de la terre : en effet, il a contemplé de ses yeux le Verbe fait chair, il a vu dans la foi la gloire du Dieu fait homme, il a goûté sa présence sous son toit tout au long des jours, et il a su en garder le secret.

Dieu l'a choisi entre tous et lui a fait voir un rayon de sa gloire. (Si 45, 4, 3)

C'est aussi dans la foi qu'il va exercer, auprès de Celui qu'il sait être aussi son Dieu, son rôle de père, et l'exercer pleinement : le guider, le diriger, lui commander…L'Evangile note simplement :

Et il leur était soumis… (Lc 2, 51)

Fidélité

Saint Joseph a été vraiment le "bon et fidèle serviteur" de l'Évangile, s'acquittant avec le plus grand soin de la mission dont Dieu l'avait chargé.

- Il a très soigneusement gardé les trois trésors que Dieu lui a confiés : la virginité de Marie, la personne de Jésus-Christ, le secret du mystère de l'Incarnation.

- Fidélité encore dans "les soins infatigables qu'il a de Jésus, au milieu de tant de traverses qui suivent partout ce divin Enfant dès le commencement de sa vie." (Bossuet)

Pureté, simplicité, droiture de cœur

"Le premier de tous les dépôts confiés à sa foi…, c'est la sainte virginité de Marie qu'il lui doit conserver entière sous le voile sacré du mariage, et qu'il a toujours saintement gardée comme un dépôt sacré qu'il ne lui était pas permis de toucher. (…)
Pour garder la virginité de Marie sous le voile du mariage, quelle vertu est nécessaire à Joseph ? Une pureté angélique qui puisse répondre à la pureté de sa chaste épouse." (Bossuet)

Cette pureté de Joseph, soutenue par une grâce toute particulière de Dieu, vient de ce qu'en toutes choses, son cœur, entièrement donné à Dieu, est sans partage : un cœur simple, droit.

"Le mariage de Marie et de Joseph fut l'union très pure de deux virginités destinées à se protéger l'une l'autre, et dont la fidélité avait justement pour but de garder entre eux cette chasteté qui les unissait. Marie et Joseph furent deux lis de pureté (...) qui vécurent ensemble suivant la Volonté de Dieu." (Abbé PAUL)

Obéissance sans faille à toutes les volontés de Dieu

Obéissance et promptitude pour exécuter sans délai les ordres reçus de l'ange du Seigneur :

Lève-toi, prends l'Enfant et sa mère, et fuis en Egypte ; restes-y jusqu'à ce que je t'avertisse ; car Hérode va rechercher l'Enfant pour le faire périr. Et lui se leva, prit de nuit l'Enfant et sa mère, et se retira en Egypte… (Mt 2, 13-14)

Et de même au retour… En toutes circonstances, saint Joseph se laisse conduire comme un enfant par Dieu, sans jamais un murmure. Pour lui le service de Dieu prime et domine tout. Il soumet toute sa vie au bon plaisir divin. Toujours une disponibilité parfaite…

"Regardez comment l'Ange le tourne à toutes mains. Il lui dit qu'il faut aller en Egypte, il y va ; il commande qu'il revienne, il s'en revient. Dieu veut qu'il soit toujours pauvre, ce qui est une des plus puissantes épreuves qu'il nous puisse faire, et il s'y soumet amoureusement et non pas pour un temps, car il fut pauvre toute sa vie." (saint François de Sales)

Patience dans toutes les tribulations

"Il nous faut apprendre, par les traverses continuelles qui ont exercé saint Joseph depuis que Jésus-Christ est mis en sa garde, qu'on ne peut conserver ce dépôt sans peine et que, pour être fidèle à sa grâce, il faut se préparer à souffrir. Oui, quand Jésus entre quelque part, il y entre avec sa croix, il y porte avec lui ses épines et il en fait part à tous ceux qu'il aime.
Joseph et Marie étaient pauvres ; mais ils n'avaient pas encore été sans maison, ils avaient un lieu pour se retirer. Aussitôt que cet enfant vient au monde, on ne trouve point de maison pour eux, et leur retraite est dans une étable.

Qui leur procure cette disgrâce, sinon celui dont il est écrit que venant chez les siens, les siens ne l'ont pas reçu (Jn 1, 11) ? N'est-ce pas assez de leur indigence ? Pourquoi attire-t-il des persécutions ?

Ils vivaient ensemble dans leur ménage, pauvrement, mais avec douceur, surmontant leur pauvreté par leur patience et par le travail assidu. Mais Jésus ne leur permet pas de repos : il ne vient au monde que pour les troubler et il attire tous les malheurs avec lui…"
(Bossuet)

"Cet enfant sera signe de contradiction", avait prophétisé Siméon… Souvenons-nous de la suite : la fuite en Egypte, l'angoisse, la recherche d'un abri, d'un travail pour faire vivre sa famille…

"Cependant, croyez-vous que Joseph se plaigne de cet Enfant incommode qui le tire de sa patrie et qui lui est donné pour le tourmenter ? Au contraire, ne voyez-vous pas qu'il s'estime heureux de souffrir en sa compagnie, et que toute la cause de son déplaisir, c'est le péril du divin Enfant qui lui est plus cher que lui-même ? "(Bossuet)

Puis ce sera le retour à Nazareth où, de nouveau, après une absence de plusieurs années, Joseph devra refaire sa clientèle…
Les tribulations ne sont pas encore finies pour autant : que dire de son inquiétude et de ce qu'il aura à souffrir avec la disparition de Jésus, à 12 ans, lors du pèlerinage à Jérusalem ? Trois jours d'angoisse avant de le retrouver…

"Voyez par quelles souffrances Jésus éprouve la fidélité et comme il ne veut être qu'avec ceux qui souffrent. (…) Il cherche ces forts et ces courageux qui ne refusent pas d'être compagnons de son indigence et de sa misère". (Bossuet)

Détachement, renoncement

"Dieu, qui a établi son Évangile sur des contrariétés mystérieuses, ne se donne qu'à ceux qui se contentent de Lui et se détachent des autres biens. (…)
Si jamais il y eut un homme à qui Dieu se soit donné de bon cœur, c'est sans doute le juste Joseph qui le tient dans sa maison et entre ses mains et à qui il est présent à toutes les heures beaucoup plus dans le cœur que devant les yeux. (…)
Aussi s'est-il rendu digne d'un si grand trésor par un détachement sans réserve, puisqu'il est détaché de ses passions, détaché de son intérêt et de son propre repos. Il doit s'en aller pour de grands voyages (…) sans que l'ange qu'on lui envoie lui dise jamais un mot de sa subsistance. (…)
Il va néanmoins, sans s'inquiéter, toujours errant, toujours vagabond, seulement parce qu'il est avec Jésus-Christ, trop heureux de le posséder à ce prix, (…) riche parce qu'il n'a rien, possédant tout parce que tout lui manque, heureux, tranquille, assuré, parce qu'il ne rencontre ni repos, ni demeure, ni consistance. "
(Bossuet)

Humilité : l'amour de la vie cachée

Pendant trente ans, le très grand et profond mystère de l'Incarnation va rester caché aux yeux des hommes sous le voile d'une vie très "ordinaire" : N'est-ce pas là le fils du charpentier ? (Mt 13, 55)

Humilité, aussi, de la pauvreté vécue dans l'amour et la patience :

"Combien ce grand saint fut fidèle en l'humilité ! Il ne se peut dire selon sa perfection car, malgré ce qu'il était, en quelle pauvreté, en quelle abjection ne vécut-il par tout le temps de sa vie ! Pauvreté et abjection sous lesquelles il tenait cachées et couvertes ses grandes vertus et dignités.
Combien la dignité de saint Joseph était relevée et combien il était rempli de toutes sortes de vertus ! Néanmoins, vous voyez d'ailleurs combien il était rabaissé, humilié, plus qu'il ne se peut dire ni imaginer. "
(saint François de Sales)

Modèle des âmes intérieures et contemplatives

Pour développer et réunir ainsi tant de si hautes qualités, saint Joseph était, à n'en pas douter, un homme de prière, aimant le silence et vivant habituellement dans un profond recueillement intérieur. C'est ce qui explique son amour de la vie cachée, sa simplicité.
C'est pourquoi il est considéré très justement comme le modèle des âmes intérieures et contemplatives.

Maintenant qu'il jouit à tout jamais au ciel de la vision face à face du Verbe de Dieu dont il a contemplé si longtemps et de si près l'humanité à Nazareth, il favorise tout particulièrement le progrès spirituel de ceux qui se recommandent à lui.


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