- Et d'abord, convient-il de parler de la Croix à des petits ?
- Parler aux petits de la Croix, c'est une démarche de foi
- La mystérieuse attirance des petits vers la Croix
- Comment éveiller dans le cœur de nos petits l'amour de la Croix
- Et le crucifix ?

Et d'abord… convient-il de parler de la Croix à des petits ?

Certains parents peuvent se poser la question : "la Croix ? Mais c'est beaucoup trop dur pour des petits ! On verra plus tard…"
"Plus tard" risque d'être "trop tard"…

Nous n'avons pas à attendre pour élever leur amour en leur montrant le Crucifix, image du sacrifice de Jésus. (…) Les petits de 3 et 4 ans ont le sens inné de la croix, point n'est besoin d'explications. (… )
Ce qui se dégage de la croix, les petits le saisissent, il n'est pas nécessaire de faire des phrases, ce n'est pas nous qui formons ces âmes pures, c'est le Christ Lui-même.
A nous revient simplement de le leur montrer.
(Mme DAMEZ Comment faire jaillir la vie)

Les enfants, comme nous, ont été rachetés par la mort et le sang de Notre Seigneur.
Comme nous, ils ont été marqués du signe de la croix à leur baptême. Par là même, ils sont appelés, tout autant que nous, à "se configurer" à Jésus : l'imitation de Jésus, c'est le programme de tout chrétien … et même des plus petits !
Pour eux, donc, comme pour nous, la Croix est le point de passage obligé…

Là se trouve la raison essentielle pour laquelle il n'y a pas à attendre pour leur faire connaître et aimer la Croix, par une formation adaptée à leur âge, bien sûr.

Le temps de la Passion est donc un temps privilégié pour parler de la Croix à nos petits : ils y sont étonnamment réceptifs.
Nous leur montrerons les souffrances que Jésus a endurées pour eux, en les invitant à s'y unir de tout leur cœur, par la COMPASSION. Ils n'y seront pas insensibles : c'est le moment de faire appel à leur générosité pour les associer au sacrifice de Jésus par quelques efforts et sacrifices.
Ils y répondront si nous donnons l'EXEMPLE, et la grâce de Dieu les y aidera si nous la Lui demandons.

Parler aux petits de la Croix est une démarche de foi

Une vie chrétienne n'est réelle, authentique, que si elle est vécue avec le Christ, centrée sur le Christ. Mais peut-on rester uni au Christ sans passer, avec Lui, comme Lui, par la Croix ?

S'il nous est demandé d'aimer la Croix, ce n'est certes pas qu'en soi elle soit aimable : en elle-même, elle n'est qu'un objet d'horreur et ne peut inspirer que le recul.

Ce qui nous la rend aimable, c'est le Seigneur Jésus qui y est attaché : c'est Lui que nous aimons et suivons, où qu'Il se trouve. C'est là qu'Il nous attend, qu'Il nous donne rendez-vous pour nous faire, de là, passer dans sa gloire.

La Croix est l'unique chemin pour suivre Jésus

Mais il ne nous y appelle qu'après y être passé le premier : elle est le "PONT" entre terre et ciel, le seul et unique passage pour parvenir au ciel.

De chemin pour suivre Jésus, il n'y a en pas d'autre que de prendre chacun notre croix... Pour nos enfants, même les plus petits, l'itinéraire proposé n'est pas différent.

C'est le signe de la Croix qui fait de nous les enfants de Dieu

La Croix est l'instrument de notre salut. C'est par elle que nous avons été sauvés.
Le signe de la Croix, à notre baptême, imprime en nous, même si cela ne se voit pas, une marque, un "caractère" indélébile : nous sommes "marqués" à tout jamais par ce signe de notre appartenance au Christ.
Il n'y a donc pas à attendre pour faire entrer nos enfants dans ce grand courant de vie chrétienne authentique.
N'ayons pas peur : il ne s'agit pas là d'une démarche humaine, mais inspirée par notre foi :

Le langage de la Croix est folie pour ceux qui se perdent,
mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu… et sagesse de Dieu.
(1 Co 1, 18…23)

Non seulement les petits n'ont pas peur de la croix, mais - nous pourrons vite le constater - elle les attire... Il y a dans la croix une puissance surnaturelle qui nous dépasse...

La mystérieuse attirance des petits vers la croix

Dans son livre "Comment faire jaillir la vie ?" Madame DAMEZ note cette mystérieuse attirance des petits vers la croix :

"Quand je serai élevé de terre, J'attirerai tout à Moi..." (Jn. 12, 32) Cette parole de Jésus, nous la voyons réalisée chez nos petits qui sont infiniment plus attirés par le Crucifix que par le Jésus de la Crèche.
En colonie, nous entrons au dortoir... Que voyons-nous ? Un petit de 4 ans, grimpé sur le fer de son lit, tendu vers le Christ... "Que fais-tu ? - Je veux lui enlever ses clous ! "
Un enfant est trouvé seul, ayant en main le Christ détaché de la croix, et celle-ci gisant à côté de lui : "Je ne veux pas qu'il ait mal."

Voilà des gestes qui montrent la vitalité de l'âme des petits : le Christ les attire.
L'image du Christ est l'exemplaire parfait de la vie chrétienne. Le Christ est venu faire la volonté de son Père. Il l'a faite jusqu'à la mort sur la croix. Il a remis son âme à Dieu son Père.

A la suite de Jésus, toute notre vie doit tendre vers Dieu, jusqu'au sacrifice de la vie même. Ce qui se dégage de la croix, nos petits le saisissent, il n'est pas nécessaire de faire des phrases : ce n'est pas nous qui formons ces âmes pures, c'est le Christ Lui-même.
À nous revient seulement de Le leur montrer.
(Mme DAMEZ Comment faire jaillir la vie)

Bien d'autres exemples de cette mystérieuse attirance des tout-petits vers la croix seraient à citer.
Nous en trouvons un dans l'histoire de Faustino.

Comment éveiller dans le cœur de nos tout-petits
l'amour de la croix ?

Nous venons de le voir : la Croix fait partie intégrante de la vie - vie surnaturelle - de nos enfants, dès leur baptême, si petits soient-ils.
Pour les former à l'amour de la Croix, notre rôle sera donc, dès leur baptême, de les familiariser avec elle. On le fera en suivant la progression naturelle des étapes de son développement.
Au tout début, ce sera sans paroles, mais par des GESTES très simples, par des ATTITUDES.

La "petite croix" sur le front

En le couchant dans son berceau, et le soir, avant la nuit, la "petite croix" que vous tracerez sur son front sera le rappel quotidien de son baptême, de son appartenance à Dieu.

Quand il sera plus grand, vous pourrez lui expliquer : "Je te confie au Bon Dieu, puisque tu es son enfant".
Et s'il vous arrivait un soir de l'oublier, c'est lui qui vous la réclamera...

Le crucifix

A la fin de la prière du soir, tandis que nous tenons encore le bébé dans nos bras, nous lui ferons embrasser le crucifix : "Jésus, je Vous aime ! Je Vous aime de tout mon cœur".

Le geste du signe de croix

Dès qu'il en est capable - à partir de 8-10 mois - nous lui ferons faire son signe de croix.
Nous lui ferons faire, d'abord en lui tenant la main, en traçant sur lui ce signe de croix. Puis, peu à peu, nous lui apprendrons à le tracer sur lui, tout seul (vers 2 ans) : avec un grand soin, un grand respect.

Ce geste nous rappelle que Jésus est mort pour nous sauver : Il a beaucoup souffert pour nous, à cause de tout ce que nous avons fait de mal (à moduler en fonction de l'âge…)
Ce peut être aussi l'occasion de soigner davantage notre manière de faire ce geste sacré, avec un plus grand respect.

"La Croix est la marque distinctive des enfants de Dieu...
Nous apprendrons à nos petits qu’en faisant le signe de la Croix, ils se couvrent de la Croix de Jésus, pour bien montrer à Dieu qu’ils sont ses enfants, qu’ils veulent ressembler à Jésus, ne faire qu’un avec Lui. (…) Vérité que la maman, l’éducateur, doit avoir constamment présente pour en imprégner peu à peu l’enfant." (Mme DAMEZ Comment faire jaillir la vie)

La Semaine Sainte sera l'occasion d'approfondir cette première formation par un enseignement adapté à l'âge (à partir de 3 ou 4 ans), de mieux prendre conscience de tout ce que représente le signe de croix.

La compassion

Vers 2 ans, toujours avec le crucifix dans les mains, avant de le lui faire embrasser, nous éveillerons sa COMPASSION : "Oh, pauvre Jésus, comme Vous avez dû avoir mal ! Jésus, je Vous aime de tout mon cœur".

Pour contempler les clous, la couronne d'épines, on pourra les lui faire toucher de son petit doigt :
"Comme Jésus a dû avoir mal ! C'est pour moi que Jésus a eu si mal, pour que je puisse aller au ciel".

Et on pourra lui fera embrasser, toujours avec un grand respect, la place des clous, de la couronne d'épines, et la plaie du côté. (Ici, nous pouvons faire le lien avec le Sacré-Coeur)

Demander pardon

Dès que l'enfant (3 ans - 3 ans 1/2) commence à être conscient d'avoir été méchant sur quelque point (frapper son petit frère, désobéir à maman , faire un caprice, ou une colère ...), nous ajouterons :

"Pardon, Jésus. Quand je suis méchant, je suis comme les méchants qui vous ont fait si mal sur la croix. C'est pour moi que Vous avez eu si mal.
Vous êtes mort sur la croix pour m'aider à être bon, et que je puisse aller au ciel".

Un peu plus tard (4 ans - 4 ans 1/2), on pourra l'éveiller davantage à sa responsabilité dans les souffrances du Crucifié :

"Tu n'as pas été gentil. Tu n'as pas pensé qu'en faisant cette méchanceté (à préciser suivant les cas), tu fais souffrir Jésus sur la croix.
Est-ce que tu veux encore Le faire souffrir ? - Non, bien sûr.
Alors est-ce que tu vas bien faire un effort pour être gentil ? pour ne pas recommencer ?
Jésus dans ton cœur est là pour t'aider si tu le veux.
Nous allons Lui demander de te donner beaucoup de force dans ton cœur pour être bon".
(A dire très doucement)

On termine en embrassant le crucifix pour demander pardon : première ébauche d'un acte de contrition. Au cours de la journée, on pourra, si nécessaire, lui rappeler discrètement sa résolution.

Education de la patience et du sacrifice

Les générations qui nous ont précédés, à des époques de foi plus vive que maintenant, vivaient depuis leur tendre enfance dans cet esprit de sacrifice et de renoncement.

Nous vivons actuellement dans un monde qui a officiellement oublié Dieu et sa loi, et dont la règle principale est la recherche du plaisir sous toutes ses formes (nous voyons jusqu'où cela peut mener !).

Les mots "sacrifice", "pénitence"… sont complètement rayés du vocabulaire. ON EVACUE LA CROIX.

Il est donc devenu d'autant plus difficile, mais il est d'autant plus nécessaire d'élever nos enfants, d'une part dans la pratique du renoncement à eux-mêmes et à leur petite volonté, et d'autre part à être attentifs aux autres.

Et plus tôt on commence, mieux c'est... N'attendons pas pour bien ancrer cette idée de sacrifice dans leurs âmes encore toutes pures.

De même qu'une terre de jardin, si elle n'est pas régulièrement entretenue, désherbée, sarclée, produira plus naturellement des mauvaises herbes que de belles fleurs, de même l'âme de nos enfants demande à être exercée dès le plus jeune âge dans le sens de la conformité à la Croix de leur baptême, c'est-à-dire LA PRATIQUE DU SACRIFICE.

Ne croyons pas que nos enfants en soient incapables ! Ils sont en général beaucoup plus généreux que nous ! C'est nous qui ne le sommes pas assez ...et qui aurions quelquefois tendance, pour notre tranquillité personnelle, à freiner les élans de générosité de nos chers petits.
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus disait :"Depuis l'âge de 3 ans, je n'ai rien refusé au bon Dieu" ...

Cette éducation au sens du sacrifice est aussi très exigeante pour les parents : en vivre soi-même, d'abord, pour pouvoir donner l'exemple. Sinon, les enfants sentiraient vite que c'est du "toc".

…Et le crucifix ?

Une certaine tendance s'est répandue depuis quelques dizaines d'années, selon laquelle il ne conviendrait pas de montrer le crucifix aux enfants, du moins les plus petits : ce serait "traumatisant"...
C'est la même tendance qui, en catéchèse, "escamote" les jours de la Passion pour arriver directement à la joie de la Résurrection...

Ceci est une grave erreur doctrinale : LA CROIX EST L'INSTRUMENT DE NOTRE SALUT.

Et si la liturgie du Vendredi-Saint est toute remplie de la vénération de la Croix, ce n'est pas pour la Croix en elle-même, mais pour Celui qu'elle porte. Nous voyons bien, là, toute l'importance que la liturgie donne à la Croix.
Pensons aussi à la fête de la Croix glorieuse (ou Exaltation de la Sainte Croix), le 14 septembre.

Face à ce courant d'idées, destructeur, qui peut perturber de jeunes parents, écoutons la réponse du Père CAFFAREL, fondateur des équipes Notre-Dame…

Madame,

Vous vous demandez s'il convient de faire prier vos jeunes enfants devant l'image du Christ en croix, si l'image du Crucifié ne risque pas de perturber leur sensibilité.

Mais vous avez raison de suspecter les motivations qui amènent beaucoup de chrétiens d'aujourd'hui à se désaffectionner du crucifix, à négliger la passion du Seigneur au bénéfice de sa résurrection, comme si la résurrection n'exigeait pas, au préalable, le passage par la mort !

Ils sont loin d'un saint Paul déclarant aux Corinthiens :

"Je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié." (1 Cor 2, 2)

Votre question, la conscience chrétienne se l'est posée avec plus ou moins d'acuité, tout au long des vingt siècles de notre ère. L'art chrétien en témoigne : plus spécialement l'histoire de l'imagerie du Christ crucifié : tableau, sculptures, calvaires, crucifix...

La représentation du Christ en croix fut très rare pendant les six premiers siècles.
L'image du Bon Pasteur était aux chrétiens d'alors ce qu'est pour nous l'image du Crucifié.
Par la suite, la crucifixion devient un motif privilégié de l'iconographie chrétienne.

Les crucifix se multiplient. On les trouve dans la statuaire des cathédrales, ils s'introduisent dans toutes les demeures, dans les établissements publics : hôpitaux, écoles... ils se dressent aux carrefours des chemins. (...)

(suit un long passage sur les différentes conceptions artistiques, "réaliste" ou "mystique"...)
Ce qui importe dans tous les cas, c'est "de ne pas voiler l'essentiel, de nous laisser pressentir le message divin".
Et le Père Caffarel conclut :

L'élimination du crucifix de nos églises, de nos maisons, marquerait une effroyable régression religieuse. Ne manquez donc pas de faire prier vos enfants devant le crucifix : "c'est le plus savant livre" disait le Curé d'Ars.

Mais il n'est pas moins vrai qu'il vous faut choisir parmi les crucifix ou les images du Christ en croix. Écartez impitoyablement celles qui risquent de malmener les jeunes sensibilités, de trahir la vérité profonde du sacrifice de Jésus-Christ.

En outre, car vos enfants verront souvent des crucifix vulgaires ou d'un réalisme non religieux, apprenez-leur à les regarder tous d'un regard d'âme, d'un REGARD DE FOI qui rejoint le mystère au-delà de son expression imparfaite ou trompeuse.

A ces conditions, le crucifix leur délivrera son véritable message : il ne se présentera plus comme l'apothéose de la souffrance, mais bien comme le signe du plus grand amour.

De l'amour du Père qui a aimé les hommes au point de leur donner son Fils.
De l'amour du Fils pour son Père, de l'amour du Sauveur pour les hommes, ses frères :

"Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime". (Jn 15, 13)

Apothéose de la joie, aussi, oui, de la plus formidable joie, car le Christ l'a dit :

"Il y a plus de joie à donner qu'à recevoir". (Ac 20, 35)

(Père Henri CAFFAREL. Présence à Dieu, cent lettres sur la prière. Lettre n° 40. Éd. du Feu Nouveau. 1991)


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