En novembre, la liturgie nous invite à réfléchir sur nos fins dernières. Ce témoignage brûlant du Père Werenfried nous rappelle que nous devons nous trouver toujours prêt à paraître devant Dieu.

Lorsqu’on frôle la mort, notre vision des choses change très vite... On relativise alors, d’un seul coup, certaines choses auxquelles on était très attaché ; inversement, ce qui pouvait sembler très lointain, comme l’idée de paraître un jour devant Dieu, passe subitement au premier plan, avec une extrême intensité...

En ce mois de novembre où la liturgie nous invite à réfléchir sur nos fins dernières, un témoignage vécu nous montre la nécessité, pour chacun de nous, de nous trouver toujours prêts à paraître devant Dieu.

Ce témoignage est celui du Père Werenfried van Sraaten, le fondateur de l’Aide à l’Église
en détresse (AED), celui qu'on appelait "le géant de la charité".
Quelques années avant sa mort, il se retrouve soudain cloué à l’immobilité par un infarctus.
Une fois remis, il relate ses impressions dans le numéro de janvier 1995 de son bulletin.


... Et puis ce fut la nuit, d’où je me réveillais parfois sous les coups de fouet de la douleur la plus intense que j’aie jamais ressentie.
Sans pouvoir prier, désespéré ou rempli de colère, j’étais sans cesse effrayé par les images du psaume 22 que j’ai chanté ou récité des milliers de fois durant soixante ans de vie religieuse :

Proche est l'angoisse. Pour moi, point de secours !
Des taureaux nombreux me cernent, de fortes bêtes de Bashân m’encerclent ;
contre moi baille leur gueule, lions acérant et rugissant. (Ps 22, 12-14)

Il y avait aussi une horde de chiens quand le Crucifié lança ces paroles au Ciel...

Il y a sans aucun doute des douleurs plus grandes que celles que je n’ai subies que brièvement, mais, quant à moi, elle ont dépassé mes forces humaines.
Entre le rêve et l’hallucination, j’ai pensé que c’étaient les douleurs du purgatoire.

Et bien que, jadis, je me serais trouvé content d’arriver au moins au purgatoire, je suis fermement décidé à présent à changer dans ma vie l’une ou l’autre chose pour ne pas tomber, si possible, aux mains de Dieu qui punit.
J’ai compris combien il est dangereux de ne croire pratiquement qu’à sa miséricorde infinie et d’oublier sa justice, qui est aussi infinie. Car Moïse a déjà averti :

Le Seigneur votre Dieu est le Dieu des dieux, et le Seigneur des seigneurs,
le Dieu grand, vainqueur redoutable, qui ne fait acception de personne
et ne se laisse pas corrompre par des présents. (Dt 10, 17)

Nous avons tous été témoins de l’intervention puissante de Dieu dans l’effondrement de l’immense empire dont les dirigeants pensaient que Dieu ne fait ni bien ni mal (cf. So 2, 12-14), car ils ne croyaient pas en Lui.
Comme ils se sont trompés !
Et cependant, nous aussi, nous sommes toujours tentés de faire de Dieu une caricature, de le tenir pour un vieillard sénile "que l’on peut mettre à toutes les sauces", et qui ne voit plus ni n’entend plus ce qui se passe dans sa création.
Illusion sans bornes ! Dieu peut attendre longtemps ; on ne peut s’en moquer impunément.

Et ce n’est pas sans raison que Marie a montré l’enfer aux enfants de Fatima et qu’elle a prédit les catastrophes les plus terrifiantes si nous ne nous convertissons pas.

L’enfer, je ne l’ai pas vu. Mais l’agonie de Jésus sous le poids de nos péchés, son angoisse devant les taureaux, les lions et les chiens qui l’encerclaient, ainsi que les souffrances de "mon purgatoire" devraient vous persuader que personne ne peut comparaître devant Dieu, si ce n’est après une purification qui aura cautérisé les dernières traces des péchés. Car ni le fornicateur, ni l’impudique, ni le cupide n’ont droit à l’héritage dans le Royaume du Christ. (Ep 5, 5)

(Père Werenfried van Straaten)


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