Ce que signifie le mot "rédemption" - La Rédemption est l'œuvre du Christ - En quoi consiste notre rédemption - À notre tour, entrons dans ce mystère.

 

Le temps du Carême se situe dans cette partie du cycle liturgique où l’Église nous invite à entrer dans le mystère de la Rédemption, ce temps où s'opère notre salut. Il commence au désert et s'achève au Golgotha. 
Entrer dans le mystère, c'est non seulement le méditer, c'est surtout chercher à en vivre aussi intensément que possible. En contemplant tout ce que Jésus a souffert pour nous pendant sa Passion, comment ne pas avoir le désir de partager les sentiments qui furent alors les siens et d'y répondre, généreusement, "amour pour Amour". 
Demandons la grâce de nous laisser pénétrer, imprégner, par ce grand mystère de notre Rédemption, ce mystère insondable de l'Amour fou dont Dieu nous a tant aimés.

Sens du mot "rédemption" : "rachat", "rançon"

Le mot de "rédemption" signifie "rachat" (du latin : redemptus = racheté). On le trouve déjà dans l'Ancien Testament pour évoquer une pratique connue à l'époque : celle de la rançon payée pour libérer un esclave, en le "rachetant" .

Or, c'est toute l'humanité qui avait besoin d'être "rachetée" : tous, nous étions bel et bien "prisonniers", esclaves de nos mauvais penchants, tenus en servitude par le démon depuis le péché originel :

Quiconque commet le péché est esclave du péché. (Jn. 8, 34)

"Le diable avait réduit le genre humain à être captif, à perpétuité, d'un héritage soumis à de lourdes dettes. Son auteur (Adam), ruiné, l'avait transmis à ses descendants, comme faisant partie d'une succession grevée d'emprunts. Vint le Seigneur Jésus : il offrit sa mort en échange de la mort de tous et versa son sang en échange du sang de tous." (saint Ambroise)

Il s'est livré lui-même pour la rédemption de tous. (1 Tm. 2, 6)

L'œuvre du Christ : le "rachat", ou salut du genre humain

Le mot de "rédemption" est donc bien le terme qui convient pour désigner l'œuvre du Christ, le salut du genre humain, esclave du péché.

Toute la vie du Christ est mystère de Rédemption. La Rédemption vient avant tout par le sang de la Croix, mais ce mystère est à l'œuvre dans toute la vie du Christ : 
- dans son Incarnation déjà, par laquelle en se faisant pauvre Il nous enrichit par sa pauvreté ; 
- dans sa vie cachée qui, par sa soumission, répare notre insoumission ; 
- dans la parole qui purifie ses auditeurs ; 
- dans ses guérisons et ses exorcismes par lesquels Il a pris nos infirmités et s'est chargé de nos maladies (Is 53, 4)
- dans sa Résurrection, par laquelle Il nous justifie. (cf. Rm 4, 25)
Toute la vie du Christ est mystère de Récapitulation : tout ce que Jésus a fait, dit et souffert, avait pour but de rétablir l'homme déchu dans sa vocation première. (CEC 517-518)

1 - Ce qui lui en a "coûté" : le sacrifice de sa vie

Vous ne vous appartenez pas, car vous avez été rachetés à grand prix. (1 Co 6, 20)

Ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n'est pas l'or ou l'argent, car ils seront détruits. C'est le sang précieux du Christ, l'Agneau sans défaut et sans tache. (1 P 1, 18-19 - citant Ex.12,15)

2 - Ce qui en est résulté : la libération de l'humanité, établie sous l'empire du péché et de la mort

C'est pour être libres pour que le Christ nous a libérés. Alors tenez bon, et ne reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage. C'est à la liberté que vous avez été appelés. (Ga 5, 1.13)

Le nom de Jésus - Dieu sauve - signifie que le Nom même de Dieu est présent en la personne de son Fils fait homme pour la rédemption universelle et définitive des péchés. 
Il est le nom divin qui seul apporte le salut - Quiconque invoquera le Nom du Seigneur sera sauvé. (Act. 2, 21) - et il peut désormais être invoqué de tous, car Il s'est uni à tous les hommes par l'Incarnation de telle sorte qu'il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés. (Ac 4, 12). (CEC 432)

3 - Ce qu'est l'humanité rachetée par le sang du Christ :

Elle devient alors la "race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple que Dieu s'est "acquis". (1 P 2, 9 ). Cette "nation sainte", c'estl’Église, communauté de l'Alliance Nouvelle scellée dans le sang du Christ.

En quoi consiste cette Rédemption ?

L'œuvre de la Rédemption accomplie par Jésus-Christ consiste en ceci : l'Innocent acceptant d'aller à la mort pour les coupables, "satisfait" à la justice de Dieu.

"Le Fils unique bien-aimé de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ, par l'amour extrême dont il nous a aimés, (Ep. 2, 4) alors que nous étions ennemis (Rm 5, 10), nous a mérité la justification et a satisfait pour nous envers Dieu son Père, par sa très sainte passion sur le bois de la Croix". (Concile de Trente)

"Justification", "satisfaction", ces deux mots, qui font partie du vocabulaire théologique,  demandent une explication :

La justification

C'est le fait de rendre juste le pécheur en le rétablissant dans sa vraie relation avec Dieu.

Qu'est-ce qu'être juste aux yeux de Dieu ? 
Dans le langage biblique, la notion de justice est d'abord la fidélité à sa Loi, à ses commandements.

J'ai observé les voies du Seigneur, et je n'ai rien fait d'impie qui m'éloignât de mon Dieu. Toutes ses lois étaient devant mes yeux, et je n'ai pas repoussé loin de moi ses préceptes.
J'ai été sans reproche vis-à-vis de lui, et je me suis tenu en garde contre mon iniquité. Aussi le Seigneur m'a rendu selon ma justice, et selon la pureté de mes mains devant ses yeux. (Ps 16, 22-25)

C'est la parfaite conformité à la volonté de Dieu : on lui obéit par amour, en toute confiance, en se laissant conduire par Lui, sachant qu'il ne veut que notre bien.

Mon âme est toute soumise à Dieu, car mon salut vient de Lui. C'est Lui mon Dieu, mon sauveur, mon défenseur : je ne serai plus jamais ébranlé. (Ps 61, 2-3)

La notion de justice rejoint l'idée de sainteté :

Ce que Dieu veut, c'est votre sanctification, en Jésus-Christ Notre Seigneur. (I Th 4, 4)

Nous sommes, tous, appelés à devenir des "saints". Quelle est la signification profonde de ce mot ? Pour les hébreux, les choses saintes sont celles qui sont séparées du profane (coupées, mises à part) pour être consacrées à Dieu : en conséquence, on ne doit pas les toucher, et on ne peut s'en approcher que dans certaines conditions de pureté. C'est ce qui est à l'origine du sens du sacré. Dieu est Saint, et Il est à la source de toute sainteté.

Vous serez saints pour Moi, parce que Je suis Saint, Moi le Seigneur, et Je vous ai séparés des autres peuples, pour que vous soyez à Moi. (Lv 20, 26)

En latin, "saint", "sanctus", signifie consacré, uni à la divinité. 
Mais "sanctus" a encore un autre sens : purifié par le sang (sanguine unctus) : ce qui est certain, c'est que, chez les hébreux comme chez les païens, les personnes et les choses étaient sanctifiées par l'aspersion du sang des victimes. Ce sang préfigurait le sang de l'Agneau sans tache qui nous purifie de nos péchés : Il nous a lavés de nos péchés dans son sang . (Ap 1, 7)

En réunissant ces différents sens du mot, on parvient à cette définition : le saint est celui qui, étant purifié par le sang du Christ, est consacré, attaché à Dieu par une entière conformité à Sa Volonté. Cette conformité, cette sainteté, nous ne pouvons y parvenir que par Jésus :

- par la purification qu'il nous a obtenue en mourant pour nous sur la Croix, 
- et en nous configurant à Lui, en suivant son exemple, dans notre vie toute entière.

Pour approfondir cette notion de justification, se reporter au CEC § 1987 à 1995

La satisfaction

Sens du mot
Dans le langage courant, le mot de "satisfaction" a le sens de "contentement". Dans le vocabulaire théologique, il prend une signification très précise de "réparation", mais aussi "expiation". 
On le trouve en particulier à propos du sacrement de pénitence,

"ainsi appelé puisqu'il consacre une démarche personnelle et eccésiale de conversion, de repentir et de satisfaction du chrétien pécheur." (CEC 1423)

Et l'on ne peut aborder le mystère de la Rédemption sans évoquer cette notion de "satisfaction". Il est donc nécessaire de bien en connaître le sens.

La "satisfaction" dans le mystère de la Rédemption
Pour comprendre la Rédemption, il est nécessaire de remonter à la source, à cette bien triste histoire du péché originel : créé pour Dieu et pour le Ciel, l'homme s'est détourné de Dieu. Par le péché, il commet vis-à-vis de Dieu une offense irréparable, du fait de la dignité infinie de la personne offensée. 
Il est incapable de "satisfaire à la Justice de Dieu", c'est-à-dire de Lui présenter une réparation convenable du mal commis, qui puisse être agréée de Dieu.

Seul un homme peut "satisfaire" au nom des hommes, 
mais Dieu seul peut réaliser une "satisfaction", une réparation digne de Dieu.

Cependant, la volonté de Dieu n'était pas de nous détruire, ni de nous "punir", mais de nous faire "renaître" (Jn 3, 5) à la Vie divine, la vie surnaturelle, la vie de l'âme unie à Dieu. D'où le "plan" divin pour sauver l'humanité perdue par le péché : le Fils de Dieu s'est fait homme (mystère de l'Incarnation) pour pouvoir nous racheter (mystère de la Rédemption). Rappelons-le : le nom de Jésus signifie "Dieu sauve".

Tu n'as voulu ni sacrifice ni oblation, mais tu m'as formé un corps.
Tu n'as agréé ni holocaustes, ni victimes pour le péché. Alors j'ai dit : "me voici - car c'est de moi qu'il est parlé dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté". (He. 10, 5-7 citant Ps 39, 8)

En prenant notre humanité, Jésus a réparé à notre place l'offense faite à Dieu et nous a réconciliés avec Dieu notre Père : telle est l'œuvre du Christ. Par son immense amour, Il fera infiniment plus que ce qui était nécessaire (une seule goutte de sang aurait suffi…parce que c'était un sang divin), pour nous faire comprendre "de quel amour Il nous a aimés".

C'est "l'amour jusqu'à la fin" (Jn 13, 1) qui confère sa valeur de rédemption et de réparation, d'expiation et de satisfaction au sacrifice du Christ. Il nous a tous connus et aimés dans l'offrande de sa vie (cf Ga 2, 20). L'amour du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts. (2 Co 5, 14)
Aucun homme, fût-il le plus saint, n'était en mesure de prendre sur lui les péchés de tous les hommes et de s'offrir en sacrifice pour tous. L'existence dans le Christ de la Personne divine du Fils, qui dépasse et, en même temps, embrasse toutes les personnes humaines, et qui Le constitue Tête de toute l'humanité, rend possible son sacrifice rédempteur pour tous. (CEC 616)

Jésus n'a pu souffrir et mourir le Vendredi-Saint que parce qu'Il était homme. Mais, étant Dieu, Il a le pouvoir de donner sa vie et de la reprendre (Jn 10, 18) : c'est parce qu'Il est Dieu qu'Il a pu ressusciter au matin de Pâques.

Notre Rédemption s'est faite au prix de sa Passion et de sa Mort sur la Croix. Jésus a donné sa vie

- pour nous racheter du mal (le péché), 
- nous reprendre au démon qui nous tenait en servitude depuis le péché originel,
- nous arracher à la mort éternelle (l'enfer), nous rouvrir le Ciel. (union à Dieu)

Dieu, qui veut la conversion du pécheur et non pas sa mort (Ez. 18, 23), dans son infinie miséricorde, nous donne Lui-même la Victime pure et sans tache que nous pourrons offrir pour racheter nos péchés, l'offrande qu'il pourra agréer. Il nous donne aussi l'unique Médiateur et Prêtre digne de célébrer ce sacrifice et d'offrir la victime.

Dans le Sacrifice parfait, l'Unique Sacrifice agréable à Dieu, Jésus est à la fois : le Prêtre et la Victime. Mais Il est aussi l'Autel du sacrifice.

La "satisfaction" dans le sacrement de Pénitence


Beaucoup de péchés causent du tort au prochain. Il faut faire le possible pour le réparer (par exemple, restituer des choses volées, rétablir la réputation de celui qui a été calomnié, compenser des blessures). La simple justice exige cela. 
Mais en plus, le péché blesse et affaiblit le pécheur lui-même, ainsi que ses relations avec Dieu et avec le prochain. L'absolution enlève le péché, mais elle ne remédie pas à tous les désordres que le péché a causés. Relevé du péché, le pécheur doit encore recouvrer la pleine santé spirituelle. 
Il doit donc faire quelque chose pour réparer ses péchés : il doit "satisfaire" de manière appropriée ou "expier" ses péchés. Cette satisfaction s'appelle aussi "pénitence". (CEC 1459)

Expiation, Propitiation : deux autres mots à connaître…

Ces deux mots aussi font partie du vocabulaire de la Rédemption : il est bon d'en connaître le sens.

Expier : réparer, en subissant une peine imposée ou acceptée. 

Expiation : souffrance imposée ou acceptée à la suite d'une faute et considérée comme un remède ou 
une purification. Rachat, réparation, repentir. Idée aussi de punition. 

Expiatoire : destiné à demander pardon, à réparer.

Propitiation : partons de l'adjectif propice = favorable, bon, opportun. 
La propitiation est une faveur ou le pardon accordés par Dieu à notre demande dans une humble prière. Victime de propitiation : offrande destinée à obtenir la faveur de Dieu ou son pardon. 
Un sacrifice propitiatoire a pour but de rendre Dieu propice, favorable, d'obtenir son pardon.

"Propitiatoire" et "expiatoire" ont des sens équivalents.


Cœur de Jésus, propitiation pour nos péchés, ayez pitié de nous. (Litanies du Sacré-Cœur)

A notre tour, entrons dans le mystère pascal

Dieu qui t'a créé sans toi et t'a racheté sans toi, ne te sauvera pas sans toi. (Saint Augustin)

Jésus est mort pour tous : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés... (1 Tm 2, 4)

Mais, pour bénéficier du salut qu'Il nous offre, Dieu veut notre participation à son œuvre de Rédemption : prendre notre part de sa Croix avant de partager sa gloire.

Mourir au péché et vivre pour Dieu…

Par sa mort, Jésus nous a obtenu de pouvoir, à notre tour, "mourir au péché". (Rm 6, 11). Par sa Résurrection, Il nous obtient de revivre à la vie de la Grâce : "vivre pour Dieu" (Rm 6, 11). C'est le MYSTERE PASCAL : par Jésus, avec Jésus, passer de la mort à la vie. 
Marchons donc maintenant comme des Ressuscités, comme des enfants de Lumière. (Ep 5, 8)

Chrétien, reconnais ta dignité. Puisque tu participes maintenant à la nature divine, ne dégénère pas en revenant à la déchéance de ta vie passée. Rappelle-toi à quel Chef tu appartiens et de quel Corps tu es membre. Souviens-toi que tu as été arraché au pouvoir des ténèbres pour être transféré dans la lumière et le Royaume de Dieu. (saint Léon, sermon 21, 2-3)

…par Jésus-Christ, notre Sauveur

Cela nous est possible maintenant grâce à Jésus, notre Sauveur :

- par son exemple, Il nous a montré le chemin, qui passe par la Croix (Je suis la Voie - Jn 14, 6), 
- Il nous a donné son enseignement (Je suis... la Vérité), 
- par ses sacrements, Il nous procure toutes les forces qui nous sont nécessaires (Je suis... la Vie), pour avancer sur la voie du Ciel et nous conduire vers le Ciel, notre vraie destinée. (le Bon Pasteur)

Si Jésus est mort pour le salut de tous, pourquoi tous ne sont-ils pas sauvés ?
Dieu nous a laissés libres et respecte notre liberté : acceptons-nous le prendre notre part de la Croix ?

Jésus est mort pour le salut de tous. Pourtant, tous ne sont pas sauvés… parce que tous ne veulent pas Le reconnaître, tous n'observent pas sa loi, tous ne se servent pas des moyens de sanctification qu'Il nous a laissés. 
Pour être sauvés, il ne suffit pas que Jésus-Christ soit mort pour nous : il est nécessaire qu'à chacun de nous soient appliqués le fruit et les mérites de sa passion et de sa mort, application qui se fait surtout par les sacrements que Jésus Lui-même a institués dans ce but. 
Et comme beaucoup ou ne reçoivent pas les sacrements, ou les reçoivent mal, ils rendent inutile pour eux la mort du Christ. (Catéchisme de saint Pie X)


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