Dans ce document et par rapport aux enfants :
-- une trame d'enseignement à partir de Jésus au désert ;
-- une douzaine de pistes pour choisir avec eux un point d'effort ;
-- une orientation morale et spirituelle à donner à cet effort.

 

Cette période du temps liturgique est bien différente de celles qui l'ont précédée. Il importe donc de la situer dans l'esprit des enfants.
Dans le cadre des différents épisodes de la vie de Jésus - ce qui constitue l'essentiel de la formation religieuse des plus petits - on fera le récit de Jésus au désert, avec un enseignement plus ou moins approfondi selon l'âge et la maturité de notre auditoire. De là, nous les guiderons vers les résolutions pratiques pour ce temps du carême.

Mais 40 jours, c'est très long pour des petits : des supports concrets les aideront. Vous trouverez notamment, dans les dessins, un chemin de Carême où l'enfant pourra noter jour après jour ses efforts personnels sur trois points : prière, bonnes actions envers les autres, efforts ou sacrifices.

Enfin, après l'enseignement et les actes pratiques, ce document trace rapidement, à l'intention des parents, quelques grandes lignes de l'éducation morale. C'est un sujet d'ordre plus général : le carême est simplement une bonne occasion pour l'aborder.

Pour introduire le carême, un enseignement sur "Jésus au désert"

A titre indicatif, cet enseignement convient à partir de 6 ou 7 ans.
Bien sûr, il est à adapter en fonction de l'âge et de la maturité des enfants.
Ces quelques lignes ne sont qu'une simple trame à développer…

Jésus a passé d'abord trente années à Nazareth, où il travaillait comme charpentier : c'est le temps de sa "vie cachée". Puis Il va quitter Nazareth, sa maison et sa maman, la Sainte Vierge, pour commencer sa mission de sauveur. C'est sa "vie publique", qui va durer trois ans.
Mais Jésus ne va pas commencer sa mission tout de suite : il va d'abord s'en aller au désert et Il va y rester quarante jours… Et, au bout de ces 40 jours, Il est tenté par le démon.

Savez-vous ce que c'est, le désert ? Un endroit où il n'y a pas d'eau : il n'y a que des rochers, des cailloux ou du sable. Pas d'arbres, seulement quelques pauvres petites herbes : rien ne peut y pousser (si possible, montrer une photo). Alors, il n'y a personne. C'est le grand silence.

Que fait-Il, Jésus, dans le désert ? Il prie, Il fait pénitence, sans manger ni boire, et il subit les attaques du démon. Mais comme Il est plus fort que le démon, Il lui résiste et le démon s'enfuit.

A partir de 8 ans, on pourra rajouter le détail des trois tentations et les analyser.

Il prie : c'est important de prier pour bien rester sous le regard de Dieu et pour L'aimer. Et cela nous donne la force de toujours faire ce qu'Il veut. En plus, le silence du désert nous fait comprendre la nécessité de faire le silence dans notre cœur avant de prier.

Il fait pénitence : cela nous apprend comment, pour nous aussi, l'esprit doit commander au corps.

Ici, il y aura peut-être lieu de refaire une petite leçon sur le corps et l'esprit et la nécessité de "commander à son corps".

Il résiste au démon : Il nous montre ainsi comment, nous aussi, nous devons résister au démon quand il nous souffle des idées de faire quelque chose de mal.

Pourquoi Jésus fait-Il pénitence ?
C'est à cause de nos péchés : chaque fois que nous faisons quelque chose de mal, cela offense Dieu, cela Lui fait de la peine de voir que nous, ses enfants, nous ne voulons pas l'écouter et Lui obéir. Ou encore, si nous faisons mal notre prière. Et nous ne pensons même pas toujours à demander pardon. Alors Jésus vient le faire à notre place.

C'est pour nous qu'Il prie et qu'Il fait pénitence. Jésus nous aime, et Il veut nous voir vivre comme de vrais enfants de Dieu : bons et obéissants. C'est pour nous y aider qu'Il fait pénitence pour nous.

Alors, nous, comment allons-nous résister au démon ?
Tout simplement il faut faire comme Jésus : par la prière et des efforts et des sacrifices que nous ferons avec Jésus (il va nous aider) et pour Lui.
Qu'allons-nous choisir de faire pour L'accompagner pendant tout ce temps où Il est au désert ?

Quels efforts pour nos enfants pour le carême ?

Une remarque

Remarquons d'abord qu'il y a une différence importante entre ce qui doit être fait, et ce qui sera laissé au libre choix de l'enfant.

Ainsi, faire son travail de classe en rentrant le soir, obéir à un ordre donné, dire la vérité, ou même rendre un service comme mettre le couvert, ne sont pas des "matières à option", ils n'ont rien de facultatif : ces choses font partie des règles de la maison.

Mais prêter un jouet, quitter sa lecture pour aller jouer avec un plus petit, ne pas se plaindre d'un mal de tête, renoncer à une friandise, restent de l'ordre du choix personnel, libre, "facultatif" : bien sûr, on peut les suggérer à l'enfant, à condition toutefois que cet appel à sa générosité reste discret, et respectueux de son libre choix.

Il n'empêche que tout effort, de l'une ou l'autre catégorie, devient méritoire pour l'enfant dans la mesure où cela lui aura coûté de le faire, à partir du moment où il a voulu le faire avec tout son cœur, par amour pour Jésus ou pour les autres.

Pour soutenir l'effort et renouveler l'intérêt, une idée pratique…

Sur quels points faire porter les efforts ? Il n'y a que l'embarras du choix… Surtout, il ne s'agit pas de tout prendre, sous prétexte de perfection. Il faut choisir UN effort, mais le choisir en fonction de son tempérament personnel, de ses défauts de caractère : c'est sur cela qu'il faut travailler.

Parmi divers supports concrets possibles, en voici un : la maman prépare, dans une corbeille, des petits papiers avec, sur chacun, UN effort à faire pour le lendemain.
Le soir à la prière, chaque enfant en pioche un (il a la possibilité de changer si cela ne lui va pas) : ce sera son effort pour la journée de demain. Et on change tous les soirs.
Le soir, à la prière, chacun fera son examen de conscience sur ce point particulier. Cette formule a l'avantage de varier, de renouveler l'intérêt, et aussi d'éviter le découragement.

La prière

En plus de la prière commune en famille, encourageons nos enfants à prendre chaque jour quelques instants de prière personnelle. Certains y sont plus naturellement portés que d'autres, c'est vrai.
Mais si nous ne leur suggérons pas de le faire, ils y penseront encore moins tout seuls.

Je veux écouter au-dedans de moi de que dira le Seigneur Dieu :
Il a des paroles de paix pour ses enfants, pour ceux qui rentrent au fond de leur cœur. (Ps 84, 9)

L'obéissance

Point fondamental de l'éducation de la petite enfance, l'obéissance tient la première place parmi tous les renoncements. C'est le premier et le plus beau sacrifice, le sacrifice de notre volonté propre : faire même ce qu'on n'aime pas, même ce qui nous coûte. Et le faire non pas à contrecœur, mais avec le sourire.

Obéir en traînant les pieds, ou attendre que maman ait dû répéter trois fois la même chose, est-ce vraiment obéir ?

Ce n'est pas cette obéissance-là qui plaît à Jésus : l'obéissance doit être prompte, joyeuse, entière : "tout de suite", "avec le sourire", et "jusqu'au bout".

L'obéissance est la meilleure manière de ressembler à Jésus.
Et le tout premier point sur lequel faire porter nos efforts d'obéissance pour tout le monde, grands et petits, c'est l'obéissance au devoir d'état.

Quelques exemples d'obéissance :

- fidélité au "devoir d'état" : faire son travail, apprendre ses leçons avant d'aller jouer dehors, de regarder la télé ou de faire un jeu vidéo

- quitter son jeu ou sa lecture pour rendre un service, ou pour faire ce qu'on n'aime pas

- renoncer à ce qui nous faisait envie, parce que maman l'a défendu

- faire sa prière même si on n'en a pas envie : c'est donner de son temps à Jésus, lui tenir compagnie un instant.

Un enfant obéira d'autant plus facilement qu'on lui aura donné des ordres précis, adaptés à son âge et à ses capacités, d'un ton ferme mais calme.

L'obéissance sera plus facile aux enfants si les parents exercent sans faiblesse leur autorité comme un véritable "ministère", ou plutôt comme un service ordonné au bien humain et chrétien des enfants, et plus particulièrement destiné à leur faire acquérir une liberté vraiment responsable. (Jean-Paul II - Familiaris Consortio. 21)

Nous obtiendrons d'autant plus facilement l'obéissance de nos enfants que nous donnerons nous-mêmes l'exemple de la fidélité à nos devoirs d'état.

Méditons ces paroles de Notre Seigneur à sa confidente sainte Marguerite-Marie :

"J'aime l'obéissance, et sans elle on ne peut Me plaire.
Ne fais rien sans l'approbation de ceux qui te conduisent, afin que Satan ne puisse te tromper, car il n'a pas de pouvoir sur les obéissants"

Dire toujours la vérité, quoi qu'il en coûte

Que votre langage soit OUI, si c'est "oui" ; NON, si c'est "non" (Mt 5, 37)

Rejetez le mensonge et que chacun dise la vérité à son prochain. (Ep 4, 25)

Préserve ta langue de mal, et tes lèvres des paroles trompeuses.
Eloigne-toi du mal, et fais le bien... (Ps 33, 14)

Ce point est capital pour former chez l'enfant une conscience droite.

Sachons cependant discerner le véritable mensonge de ce qui est, chez l'enfant avant 6 ou 7 ans, du simple domaine de l'imaginaire.

Surveiller TOUTES nos paroles

C'est souvent par des paroles méchantes que nous manquons à la charité envers les autres.

- ne jamais dire du mal des autres, ni rapporter.

Ne dites pas du mal les uns des autres... Et toi, qui es-tu pour juger ton prochain ? (Jc 4, 11-12)

- ne jamais dire de méchancetés exprès, pour faire de la peine. Préférer se taire.

- ne pas se moquer des autres...

- pas de gros mots, qui salissent notre âme : Qu'il ne sorte de votre bouche aucune vilaine parole ... (Ep 4, 29)

Penser aux autres, être bon avec eux

Ce que vous aurez fait au plus petit d'entre mes frères, c'est à Moi que vous l'aurez fait....
Mais ce que vous n'avez pas fait à l'un de ces petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait.
(Mt 25, 40-45)

Par exemple :

- rendre service : soit parce que maman me l'a demandé, soit parce que je vois une chose à faire
- quitter son jeu ou sa lecture pour rendre un service,
- jouer avec un malade au lieu d'aller courir dehors,
- prêter ses affaires, donner ce qu'on a de meilleur, ou ce à quoi on est le plus attaché,
- céder : dans une dispute, surtout avec les plus petits, et jouer gentiment au jeu qu'un autre a choisi,
- laisser un autre parler à sa place, lui laisser la meilleure place ou le meilleur morceau à table,
- accepter de perdre à un jeu sans s'énerver ni se mettre de mauvaise humeur, et même…être content que ce soit l'autre qui gagne…
- partager,
- éviter les disputes : se retenir d'envoyer à son frère un coup de pied,
- donner son sourire aux autres, c'est leur donner de la joie. Dieu aime celui qui donne avec le sourire.

La patience

La patience, c'est l'art de souffrir - supporter quelque chose de pénible - sans se plaindre ...

Le champ d'exercice en est très étendu : cela va des frictions de caractère entre frères et sœurs (supportez-vous les uns les autres… Col 3, 13) au petit bobo qui gêne...

Supporter une maladie pénible, une attente qui paraît interminable, le mauvais temps qui empêche la promenade, un mot désagréable de la part du voisin.
Accepter une déception, un contretemps...

Toute la vie, nous aurons à exercer notre patience : autant en faire l'apprentissage de bonne heure !

La bonne humeur

Cette disposition d'esprit, qui débouche sur la joie, est fondamentale pour la vie entière : il est bon d'en donner l'habitude aux enfants tant que le caractère est encore souple et malléable.

- Savoir garder le sourire, même si cela ne va pas toujours comme on voudrait.
- Apprendre à être toujours content... à se contenter de ce qu'on a.
- Stop à tout ce qui est bouderie, grogne, bougonnement… Cela, c'est pour les "râleurs" !…
- Voir le bon côté des choses. - Et savoir dire merci !

Le courage, ou effort de volonté

- lutter contre la "douilletterie". Ne pas se plaindre quand on a un bobo ou un mal de tête...
- Ne pas chercher son confort, ou ce qu'il y de meilleur ; accepter d'être quelquefois un peu gêné.
- lutter contre la gourmandise : se priver d'une friandise, ou manger de ce qu'on n'aime pas.
- lutter contre la paresse : pour me lever le matin - pour bien faire mon travail - pour aider quelqu'un - pour ranger mes affaires ...
- ne pas se regarder dans la glace (pour les filles !)... Etc.

Le pardon

Supportez-vous les uns les autres, et pardonnez-vous si vous avez entre vous quelque sujet de plainte. Comme le Seigneur vous a pardonné, vous aussi, pardonnez.
Mais, par-dessus tout cela, ayez la charité, qui est le lien de la perfection. (Col. 3, 13-14)

Le vrai pardon se manifestera, notamment, par le fait qu'on ne cherche pas à se venger.

Ne rends à personne le mal pour le mal... Ne te venge pas toi-même...
Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. (Rm 12, 17, 21)

C'est toujours difficile de pardonner. Il n'y a qu'avec la grâce de Jésus que nous pouvons arriver à pardonner. Quand cela nous paraît trop dur, il faut demander à Jésus, dans notre prière, de nous aider à pardonner.

Sur la Croix, Jésus a pardonné à ceux qui lui faisaient tant de mal : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font."

Privations, sacrifices

Cette partie est différente des efforts à faire pour la réforme du caractère.
C'est aussi plus personnel et reste au libre choix de l'enfant.
C'est là aussi que les décisions prises en commun avant le début du carême pourront aider, comme la tartine de pain sec pour le goûter du vendredi, pour tout le monde...
Certains enfants seront très généreux, trop même parfois ; d'autres pourraient l'être davantage. Cela dépend aussi du climat général de la maison… et de l'exemple des parents !

Deux points importants à noter

1) Habituer l'enfant, en toutes ces circonstances, à relier ces renoncements à Jésus : c'est par amour pour Lui qu'on le fait, pour Lui faire plaisir, pour Lui ressembler. Vivre pour Jésus, avec Lui et en Lui.
Ce qui donne à nos actes leur valeur surnaturelle, et méritoire pour le ciel, c'est de les faire "par amour pour Dieu".

2) La force de faire ces efforts, ces sacrifices, l'enfant la trouvera dans la grâce que Jésus lui donnera. Cette force vient de Jésus et non de lui : il sera bon de l'habituer à toujours la demander à Jésus chaque fois qu'il en a besoin.

S'il a été habitué, déjà tout petit, à vivre sous le regard de Dieu, s'il sait que ses efforts "font plaisir à Jésus", il sera généreux. Et cette générosité du cœur prédisposera son âme à recevoir plus de grâces encore. Et, encore une fois, notre exemple personnel sera un élément déterminant.

Parents, enfants, c’est tous ensemble que nous vivrons le Carême

Le programme de Carême sera donc le même pour les enfants que pour nous, si ce n’est, bien sûr, un "dosage" différent selon les âges et la maturité. Il faudra aussi tenir compte du fait que cette période de 40 jours semble très longue à des petits : pour éviter le découragement, il sera sage de les soutenir, les encourager et…varier les efforts. Sachons simplement qu’ils sont souvent bien plus généreux que nous... Ne leur coupons pas les ailes, mais donnons l’exemple.

Une des caractéristiques de l'enfance, c'est l'imitation. D'où l'importance fondamentale de l'exemple : c'est la clé de l'éducation. Cette clé, nous la retrouvons partout…
C'est sur tous les points du comportement humain que nous avons à donner l'exemple : pour la vie de prière, le devoir d'état, le pardon, la réforme de notre caractère, la lutte contre nos défauts, l'attention aux autres, le pardon…

Orientation morale et spirituelle

Ce n'est pas arbitrairement que nous allons demander aux enfants de faire des efforts. Il est important de relier cette formation morale, cette discipline, à l'amour de Dieu et à notre vie d'enfant de Dieu.

Donnons-leur une notion juste du bien et du mal…

…et apprenons-leur à la respecter, quoi qu’il en coûte, comme étant la volonté de Dieu. Cela commence très tôt. La toute première étape, avant 6 ans, sera "c'est permis", c'est défendu", pas besoin d'explications : "c'est comme çà". Ensuite seulement, aux abords de l'âge de raison, on introduira les notions "c'est bien", "c'est mal". Et là, les explications deviendront progressivement nécessaires.

Le sens du péché

Cette formation ne va pas sans les éveiller au "sens du péché" : ce serait une grande erreur de leur laisser croire qu'on peut faire tout ce qu'on veut. Donner aux enfants le sens du péché ne relève nullement d’une vision négative, pessimiste ou morbide de la vie.

Il faut qu'ils sachent bien, dès leur enfance, que c'est Dieu qui les invite au bien, et le démon qui les attire à ce qui est mal. Tout le problème moral est là, et il faut que leur vie en soit marquée.

Former nos petits à un bon usage de la liberté

J'ai mis devant toi le bien et le mal… Choisis le bien, afin que tu vives… (Dt 30, 19)

Pour une telle formation, il n’y a pas à attendre. C’est le meilleur service à leur rendre pour les aider à aller vers Dieu, puisqu’ils sont faits pour L’aimer.

Le péché est un abus de la liberté que Dieu nous donne pour que nous puissions L’aimer et nous aimer mutuellement. (CEC 387)

Préférer la Lumière aux ténèbres

Apprenons-leur très tôt à voir dans le péché la seule chose qui pourrait leur faire perdre cet amour de Dieu. Et ainsi, à préférer la Lumière aux ténèbres.
Apprenons-leur aussi à bien vite venir demander pardon dès qu’ils ont fait quelque chose de mal : Dieu pardonne toujours si l’on revient vers Lui.


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