Cette méditation est tirée d'un enseignement de Mgr Raymond BOUCHEX, alors archevêque d'Avignon, paru dans le bulletin diocésain "Église d'Avignon", n°3 - 1999

Le Carême est le temps privilégié pour accueillir la réconciliation que Dieu veut nous donner : 

Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu. (2 Co 5, 20)
(2° lecture - mercredi des Cendres)

La réconciliation est au cœur du dessein de Dieu sur nous

Le Père a envoyé son Fils pour réaliser la réconciliation des hommes et du monde avec Lui.
Par le péché, nous étions séparés de Lui, opposés à Lui, en situation de rupture avec Lui. Par le Christ, Dieu nous a rétablis dans sa communion.
Ce n’est pas Dieu qui s’est réconcilié avec nous : c’est nous qu’Il a, dans sa miséricorde – et par son Fils - réconciliés avec Lui, avec nous-mêmes, avec les autres, avec la création.
Il nous revient d’accueillir cette réconciliation.

1 - La réconciliation fondamentale est celle avec Dieu :

Laissez-vous réconcilier avec Dieu. (…) Pour cela, nous avons à nous mettre dans la vérité devant Dieu miséricordieux, comme le fils prodigue devant son père. Osons reconnaître que Dieu compte peu (ou pas assez) à nos yeux, que nous vivons trop loin de Lui, que nous sommes indifférents à son égard.

Revenez à Moi de tout votre cœur, nous dit-Il par le prophète Joël (2, 12). Revenez à Moi de tout votre cœur, comme le fait un être cher dont nous nous sommes éloignés et qui nous dit : "Reviens, car je t'attends. Je ne suis pas heureux sans toi, et toi non plus, loin de moi".
L'invitation qui nous est faite lors de l'imposition des Cendres prend tout son sens : "Convertissez-vous et croyez à l'Évangile". Revenez à Moi en faisant totale confiance au Christ qui est l’Évangile en personne.

Orientations : pendant ce carême, revenons à Dieu, comme le fils prodigue, en lisant et écoutant l’Evangile, pour nous laisser juger, éclairer, transformer par Lui.
Revenons à Dieu en donnant plus de temps à la prière (…), en allant recevoir le sacrement de la réconciliation et de la pénitence, où il nous est donné personnellement de faire la vérité sur la qualité de nos relations avec Lui (ignorance ? oubli ? désintérêt ? absence de prière ? d'Eucharistie ? etc.) et d'entendre personnellement sa parole de pardon qui nous réconcilie avec lui et avec nos frères.

2 - En nous réconciliant avec Lui, Dieu nous donne de nous réconcilier avec nous-mêmes

Le Carême est un temps où Dieu nous invite à faire la vérité sur nous-mêmes.
Osons reconnaître que nous avons un immense besoin de nous réconcilier avec nous-mêmes. Nous avons si souvent le sentiment de ne pas être aimés et reconnus. Nous avons tant de peine à nous accepter nous-mêmes. Nous éprouvons si facilement de la honte, du dégoût, du dépit, envers nous-mêmes. Il nous arrive même de nous haïr. A moins que, mais cela va ensemble, nous soyons obsédés par le désir de plaire et de paraître, d'être approuvés et admirés, d'être reconnus comme justes, bons, dévoués (…)

Ou bien nous disons à Dieu : "Tu ne peux pas m'aimer", ou bien nous lui disons comme le pharisien : "Je te rends grâce de n'être pas comme les autres…".

Orientations : pendant ce carême, laissons Dieu nous réconcilier avec nous-mêmes. Entendons-Le nous dire par le Christ : "Je t’aime, Je t’accepte avec tes qualités et tes limites, Je n’ai pas honte de toi, Je ne te méprise pas…"

Ou encore, entendons-Le nous dire par Jésus, le mercredi des Cendres :
"prie dans le secret ; aime les autres sans chercher à être vu ; jeûne en te parfumant la tête. Quitte le domaine du paraître, apprends à être".
Plutôt que te poser la question : "Qu’est-ce que je parais aux yeux de Dieu ?", demande-toi : "qu’est-ce que je suis pour Dieu ?
Dis cela au prêtre dans le sacrement de la réconciliation, afin que mon Esprit (…) te guérisse et t’apprenne à t’aimer.
Car, si tu ne t’aimes pas, comment pourras-tu aimer les autres ?"

3 - En nous réconciliant avec Lui, Dieu nous donne de nous réconcilier avec les autres

Le Carême est un temps où Dieu nous invite à faire la vérité sur nos relations avec les autres. Osons reconnaître que nous sommes habituellement indifférents à ceux qui souffrent de la faim, du manque d’emploi, de la maladie, de l’isolement, de la guerre (…). Le péché qui divise, blesse, tue, est en nous, et non seulement chez les autres.

Dieu seul peut nous donner de vaincre ce qui nous sépare et nous dresse les uns contre les autres, de progresser ensemble dans la connaissance et la solidarité (…), de croire qu'il est possible de construire la paix et des relations de respect, de nous apprendre le pardon, qui n'est pas l'oubli, l'absence de justice, l'amnistie, mais la volonté de dépasser la haine pour construire ensemble l'humanité selon Dieu.

Orientations : pendant ce carême, portons au sacrement de la réconciliation ce qui, en nous, blesse nos relations avec les autres. Et en recevant ce pardon, laissons Dieu nous réconcilier avec les autres. Écoutons-Le nous inviter au vrai partage. (…)

Apprenons du Christ à jeûner avec Lui le mercredi des Cendres, le Vendredi-Saint et à des moments que nous choisirons nous-mêmes.

Le jeûne nous fait éprouver dans notre corps la condition de ceux qui ont faim, non pas seulement un jour de leur vie, mais toute leur vie. Il nous redonne le sens de l’essentiel dans une société qui regorge de biens. Il nous permet de donner ce dont nous nous sommes privés.


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