Sans la pénitence intérieure, le mouvement de conversion de l'âme, les œuvres extérieures de pénitence resteraient stériles et mensongères. En revanche, la conversion intérieure nous pousse à l'expression de cette attitude en des signes visibles, des gestes et des œuvres de pénitence. Ce sont les mortifications et le jeûne.

Sans la pénitence intérieure, le mouvement de conversion de l'âme, les œuvres extérieures de pénitence resteraient stériles et mensongères ; en revanche, la conversion intérieure nous pousse à l’expression de cette attitude en des signes visibles, des gestes et des œuvres de pénitence : ce sont les mortifications et le jeûne. (cf. CEC 1430)

De date immémoriale, le jeûne fait partie de la pratique traditionnelle de la pénitence de Carême. Cependant, il ne se limite pas à la seule privation de nourriture : tous ne peuvent pas jeûner sur le plan alimentaire, malades, futures mamans ou nourrices, personnes âgées, travailleurs de force…
En revanche, personne n'est dispensé de la règle salutaire de la mortification. Il y a en effet un grand nombre de points sur lesquels chacun de nous peut trouver un point de privation approprié et bien personnel : quelque chose qui nous coûte vraiment, sans pour autant nuire à notre organisme physique.
Cigarettes, alcools ou d'autres plaisirs sensibles (voir la liste des résolutions pour un bon carême)… peuvent être, suivant les cas, réduits, voire supprimés (au moins momentanément) sans aucun dommage pour notre santé physique, mais avec un grand profit pour notre vie spirituelle.
C'est là que sera notre participation personnelle à cet effort demandé par l’Église pendant le Carême. Par là, nous affirmons pratiquement notre volonté de rester libres par rapport à ces choses, et le primat dans notre vie du spirituel sur le matériel.

La mortification : une nécessité

Surmonter en soi ce qui est charnel afin que prévale ce qui est spirituel. (1 Co 3, 1-20)

Cette réflexion longuement mûrie d'un contemplatif, Dom Jean de Monléon, moine bénédictin, sur la mortification, nous aidera en ce temps de carême à en comprendre la valeur et à la pratiquer dans notre vie.

Si l'homme a un esprit, il n'est pas, comme Dieu, ni comme les Anges, un pur esprit, dégagé de la matière : il est rivé à un corps. Et, depuis le péché originel, ce dernier est devenu pour lui, si on ne le maîtrise pas, un redoutable ennemi. C'est saint Paul qui nous l'enseigne : la chair convoite contre l'esprit. (Ga 5, 17).
Elle cherche sans cesse à tirer l'âme vers le bas, vers les jouissances sensibles qui dégradent l'homme et le rendent semblable aux animaux, tandis que l'esprit tend au contraire à s'élever vers les biens célestes, et à mener la vie des Anges. "Si donc vous voulez vivre selon l'esprit, continue l'Apôtre, ne donnez point satisfaction aux désirs de la chair." Ces mots nous marquent le vrai but et la nature de la mortification : celle-ci n'est pas une fin en soi, elle est seulement un moyen destiné à remettre sous la discipline de la raison le corps qui s'en est émancipé par le péché.
La mortification ne vise donc pas à exterminer le corps, ni même à le priver du nécessaire. Elle cherche simplement à réprimer ses désirs superflus, à lui ôter la liberté de vivre selon son caprice, à l'empêcher d'alourdir l'esprit par ses exigences perpétuelles et l'entraver dans son essor vers Dieu.
Les points sur lesquels on doit la faire porter de préférence sont les suivants :

1° La fidélité au devoir d'état
Dieu a soumis Lui-même nos premiers parents, comme peine de leur désobéissance, à la nécessité de gagner leur pain à la sueur de leur front. Ce châtiment s'étend à tous leurs descendants et s'impose à chacun d'eux sous la forme du devoir d'état qui lui incombe.
Bien que Dieu, dans son infinie miséricorde, ait daigné laisser à l'homme un goût naturel pour le travail qui, en lui faisant aimer son métier, l'aide puissamment à porter cette peine, il n'en reste pas moins vrai que le devoir quotidien, résolument accompli durant toute une vie, représente une entrave continue pour la nature et une belle somme de mortifications.

2° Le support des épreuves de la vie présente
Lorsque Dieu voit qu'une âme Le cherche, Il se charge de lui envoyer Lui-même les souffrances nécessaires à sa purification. Et la vie des saints nous montre constamment que les personnes les plus aimées de Dieu sont les plus éprouvées. Dieu châtie celui qu'Il aime… (He 12, 6)
Tous ceux qui veulent s'adonner sérieusement à la vie intérieure en font rapidement l'expérience.
Au lieu donc de murmurer contre les contrariétés, les multiples ennuis qui surviennent à tout propos, il faut s'appliquer à supporter ces épreuves avec douceur. Bien qu'elles nous apparaissent comme l'effet du hasard ou de la malice des hommes, croyons qu'elles sont en réalité sagement réglées par la Providence.
Semblable au potier qui dirige adroitement le mouvement aveugle de sa roue et l'emploie à faire d'un bloc de glaise informe, un beau vase ou quelque objet d'art ( Jr 18, 2-7), Dieu se sert des forces aveugles de la nature et du monde pour faire de l'âme qui se livre à Lui un vase de miséricorde, destiné à recevoir sa grâce et à orner son propre palais...
Livrons-nous donc sans résistance à l'action de Dieu. Il nous conduira beaucoup plus sûrement que nous ne saurions le faire nous-mêmes à la forme parfaite qu'Il a conçue pour chacun de nous.

3° la garde des sens (la vue, l'ouïe, le toucher, le goût et l'odorat)
Par leurs convoitises incessantes et leur dérèglement naturel, ils empêchent l'esprit de s'unir à Dieu. Aussi faut-il de toute nécessité les maintenir sous le contrôle de la raison.
Le sens de la vue, le plus noble de tous, est aussi le plus dangereux : plus étroitement uni à l'âme qu'aucun autre, il en est comme la porte. Mal surveillé, il la livre à ses ennemis qui la pillent sans merci. Innombrables sont, surtout en matière de colère, de paresse, de jalousie, de gourmandise, de sensualité, de luxure, les péchés qui ont pour origine l'imprudence des regards.
Après la vue, le sens le plus utile à l'intelligence est l'ouïe : c'est par ce canal que la doctrine de Dieu, que la Sagesse éternelle pénètrent dans nos âmes. Il faut donc le garder pur, et pour cela, éviter non seulement les conversations mauvaises, mais même les bavardages frivoles où la charité est trop souvent offensée.

4° La mortification des pensées
Les écarts continuels de l'imagination sont un des tourments de la vie de prière... La mortification consistera à ne pas laisser la folle du logis s'attarder sur des choses inutiles ou dangereuses, sur tout ce qui peut détourner l'âme de la pensée de Dieu, la porter aux plaisirs des sens, altérer sa pureté.
(Dom Jean de MONLEON moine bénédictin. Traité sur l'oraison - Nouvelles Editions Latines - 1971)

Le jeûne

Prescription actuelle de l'Église à propos du jeûne

La Constitution Apostolique Pænitemini de Paul VI a rappelé la discipline traditionnelle selon laquelle les vendredis de chacune des semaines du Carême, comme le mercredi des Cendres, doit être considéré comme étant un jour particulier de la pénitence.
Cette orientation demeure en vigueur. (Jean-Paul II. Angelus du 3. 03. 1996)

La discipline actuelle de l'Eglise est de respecter l'abstinence (de viande, mais aussi alcool, tabac…) tous les vendredis de Carême et jeûne et abstinence le mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint, On est tenu à l'abstinence à partir de l'âge de 15 ans, et au jeûne de 18 à 60 ans.

Ces temps d'ascèse et de pénitence qui nous préparent aux fêtes liturgiques contribuent à nous faire acquérir la maîtrise sur nos instincts et la liberté du cœur. (CEC 2043)

Un enseignement de Jean-Paul II sur le sens et la place du jeûne dans notre vie

Qu'est-ce que le jeûne ?
Parmi les pratiques pénitentielles suggérées surtout durant le Carême, le jeûne occupe une place importante. Il consiste dans une grande sobriété de nourriture, compte tenu des nécessités de l'organisme.
Il s'agit là d'une forme traditionnelle de pénitence qui n'a pas perdu sa signification et, qui plus est, mérite certainement d'être redécouverte, tout particulièrement dans la partie du monde et dans les milieux où non seulement la nourriture abonde, mais où les maladies de la suralimentation existent.

Une thérapie de l'âme…
Il va de soi que le jeûne pénitentiel est tout autre chose que les régimes thérapeutiques ; à sa manière, il peut être considéré comme une thérapie de l'âme.
Pratique, en effet, comme signe de conversion, il facilite l'engagement intérieur à se mettre à l'écoute de Dieu. Jeûner veut dire se réaffirmer à soi-même ce que Jésus répondit à Satan qui le tentait, à la conclusion des 40 jours de son jeûne au désert : "L'homme ne vivra pas du seul pain, mais de chaque parole qui sort de la bouche de Dieu". (Mt 4, 4)
Aujourd'hui, et tout spécialement dans la société du bien-être, le sens de cette parole se comprend difficilement. Au lieu de contenir les besoins, la consommation en crée sans cesse de nouveaux qui génèrent souvent un activisme débridé. Tout semble nécessaire et indispensable au point que l'on risque de ne plus même trouver le temps de se retrouver soi-même.

Se retrouver soi-même
La recommandation de saint Augustin est donc plus que jamais valable : "rentre en toi-même". Oui, nous devons rentrer en nous-mêmes si nous voulons nous retrouver nous-mêmes. Ce n'est pas seulement notre vie spirituelle qui est en jeu, mais notre équilibre personnel, familial et social.

Reconquête de l'intériorité
Le jeûne pénitentiel a, parmi d'autres, la fonction de nous aider dans cette reconquête de l'intériorité. L'effort de modération de nourriture s'étend aussi à d'autres choses non nécessaires, étant ainsi d'un grand soutien pour la vie de l'esprit. Sobriété, recueillement et prière vont ensemble.

(Jean-Paul II - Angelus du dimanche 10 mars 1996)

En bon père soucieux d'écarter de nous tout ce qui peut nuire à notre vie intérieure, Jean-Paul II poursuit ses recommandations par un conseil relatif non seulement à la télévision, mais à l'égard de tout ce qui peut envahir abusivement notre vie.

L'application de pareils principes peut se faire aussi bien quant à l'usage des moyens de communication de masse. Si ces derniers ont une indiscutable utilité, ils ne doivent pas devenir les patrons de notre vie.

Une bonne résolution pour le Carême : fermer la télévision.
Dans tant de familles, le téléviseur semble devoir se substituer plutôt qu'aider le dialogue entre les individus ! Un certain jeûne en la matière peut-être salutaire, tant plus consacrer du temps à la réflexion et à la prière que pour cultiver des rapports humains.
(Jean-Paul II - Angelus du dimanche 10 mars 1996)

Un jeûne conseillé : télé, radio, jeux électroniques…

On sait combien les instruments de communication sociale "affectent profondément parfois, le psychisme des usagers, tant sous l'aspect affectif et intellectuel que dans le domaine moral et même religieux" (Paul VI), spécialement chez les jeunes.

Ils peuvent donc exercer une influence bénéfique sur la vie et sur les habitudes de la famille comme sur l'éducation des enfants, mais en même temps ils cachent aussi des pièges et des périls qu'on ne saurait négliger, et ils pourraient devenir le véhicule - parfois habilement et systématiquement manœuvré, comme il arrive, hélas, en divers pays du monde - d'idéologies destructrices ou de visions déformées de la vie, des familles, de la religion, de la moralité, en ne respectant pas la vraie dignité et le destin de l'homme.

Le péril est d'autant plus réel que le style de vie, particulièrement au sein des nations industrialisées, entraîne souvent les familles à se décharger de leur responsabilité éducative.

La facilité des occasions d'évasion (représentées à la maison par la télévision et certaines publications) permet d'occuper le temps libre et les activités des enfants et des jeunes.

D'où le devoir de protéger avec soin les jeunes des "agressions" qu'ils subissent sous l'influence des mass média, en veillant à ce que l'usage de ceux-ci dans la famille soit réglé avec sagesse.

C'est ainsi également que la famille devrait avoir à cœur de chercher, pour les enfants, d'autres divertissements plus sains, plus utiles et plus formateurs, au point de vue physique, moral et spirituel, pour promouvoir et valoriser le temps libre des jeunes et mieux orienter leurs énergies.

En outre, les parents doivent, en tant qu'usagers, prendre une part active dans l'utilisation modérée, critique, vigilante et prudente de ces moyens, en déterminant leur part d'influence sur leurs enfants et dans l'intervention qui vise à "éduquer les consciences, à porter elles-mêmes des jugements sereins et objectifs, qui les amèneront à accepter ou à refuser tels ou tels des programmes proposés" (Paul VI). (Jean-Paul II Familiaris Consortio 1981 - 76)

Prendre cette résolution "en famille"

Pour éviter, à la "base", toute protestation ou esprit de récrimination, il est fort conseillé de prendre cette résolution, de laisser fermés radio ou téléviseur, dans le cadre plus vaste de l'ensemble des résolutions de carême, dans un petit conseil de famille où les enfants seront partie prenante dans les décisions. L'abstention de TV pourra être, selon les cas, totale ou simplement limitée à certaines circonstances bien définies à l'avance.
Si la décision a été prise d'avance, avant de commencer le Carême, il sera plus facile de respecter l'engagement pris ensemble. Les enfants ne se sentiront pas "pris en traître".

"D'autres divertissements plus sains, plus utiles et plus formateurs"…

Il y a, en effet, tout avantage pour la vie de famille de remplacer la TV par "d'autres divertissements plus sains, plus utiles et plus formateurs" :

lectures (leur raconter ou leur lire des histoires ...) - jeux en famille - promenades –

observation de la nature - jardinage, bricolage ou autres activités manuelles...

Consacrer du temps à ses enfants est incontestablement plus exigeant pour les parents que de les laisser devant la TV... ce qui nous laisse libres de faire autre chose pendant ce temps !
Mais, à long terme, c'est infiniment plus constructif... et plus "payant" !
Y a-t-il, au fil du temps, un meilleur moyen pour tisser, entre parents et enfants, des liens de confiance et d'amitié, que de vivre ensemble des moments

- soit de labeur (un défrichage, la construction d'un mur de pierres, gros travaux dans la maison, peinture, grand ménage, vitres...),

- soit de détente (jeux, promenades, musique, visites touristiques…),

… De partager d'abord la peine et ensuite la satisfaction d'une réussite qu'on aura réalisée tous ensemble ?


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