Au désert, pendant 40 jours et 40 nuits, Jésus lutte contre le démon pour nous et à notre place. Nous avons, nous aussi, à combattre. Et nous avons absolument besoin de la force et de la grâce de Dieu. Mais comme nous possédons, grâce à Jésus, l'assurance de la victoire, le Carême ne doit pas être un temps de tristesse.

 Le temps de l’Avent nous avait fait prendre conscience du besoin que nous avons tous d’être “sauvés”, c'est-à-dire libérés du mal.

Le temps de Noël nous a permis d’accueillir et de contempler notre Sauveur, Dieu Lui-même, sous les traits d’un petit enfant plein de douceur…de Le connaître, de L’aimer et... de désirer Le suivre.
Comme ses disciples, nous sentons bien, avec certitude, qu’Il a les paroles de la vie éternelle.

Suivre Jésus, notre Sauveur : oui, bien sûr. Mais… jusqu’où ? Le voilà maintenant qui s’enfonce dans le désert...
Aurons-nous le courage de nous y engager à sa suite ? Et de subir, comme Lui, l’assaut des tentations qui, même Lui, ne L’ont pas épargné ? 

Les tentations du Christ

Contemplons Jésus dans le désert : chargé de nos péchés, c'est pour nous et à notre place qu'Il entreprend la LUTTE contre le démon.
Pour nous et à notre place : cela ne veut pas dire que nous-mêmes serions dispensés de combattre à notre tour, chaque jour de notre vie. Cela signifie que, livrés à nos propres forces, nous sommes incapables de réparer même une seule des offenses que nous avons faites à Dieu, et incapables de mener à bien cette lutte contre le Mauvais.

Si Jésus a laissé le démon L'approcher, c'est pour nous apprendre comment, nous, y résister.

Tout ce que le Seigneur a voulu faire, il l’a fait pour nous instruire, nous reprendre et nous être utile. Puisqu’il savait que nous en tirerions beaucoup de fruit pour notre instruction et notre réconfort, il n’a rien voulu omettre de ce qui pourrait nous profiter. C’est pourquoi il fut conduit au désert, poussé par l’Esprit, pour y être tenté par le diable.
(…) La première chose que nous apprenons ici, c’est que la vie de l’homme sur la terre est une vie de combat. (Jb 7, 1) 
Et aussi que le chrétien doit s’attendre à être d’emblée tenté par le démon. Qu’il se prépare donc à la tentation, selon l’Ecriture : Si tu viens te mettre au service du Seigneur, prépare-toi à subir l’épreuve. (Si 2, 1)
(Lansperge le Chartreux)

Dans le Christ, c’est nous qui sommes tentés...

"Dans son voyage ici-bas, notre vie ne peut échapper à l’épreuve de la tentation, car notre progrès se réalise par notre épreuve : personne ne se connaît soi-même sans avoir été éprouvé, ne peut être couronné sans avoir vaincu, ne peut vaincre sans avoir combattu, et ne peut combattre s’il n’a pas rencontré l’ennemi et les tentations. (…)
Le Seigneur Jésus, au désert, a été tenté par le diable. Parfaitement ! Le Christ était tenté par le diable !
Dans le Christ, c’est toi qui étais tenté, parce que le Christ tenait de toi sa chair, pour te donner le salut ;
tenait de toi la mort, pour te donner la vie ; tenait de toi les outrages, pour te donner les honneurs ; donc il tenait de toi la tentation, pour te donner la victoire…"
(saint Augustin Homélie sur le Paume 60)

Le Carême, c’est le temps de la lutte : la lutte contre le mal en nous…

Il ne suffit pas de reconnaître que nous avons besoin d’être sauvés. Toutes nos mauvaises tendances, toutes ces fautes qui nous sont si coutumières, Jésus, maintenant, nous demande de nous en débarrasser, pour laisser à Dieu toute la place dans notre cœur.

L’objet du Carême, c’est notre conversion : revenir à Dieu.
Cela ne peut se faire sans une lutte intérieure pour accepter tous les renoncements nécessaires.

Soyez sobres, veillez, car votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant,
rôde autour de vous, cherchant une proie à dévorer.
Résistez-lui, en demeurant fermes dans la foi. (1 P 5, 8-9)

Jésus nous invite à entrer généreusement dans ce combat où, de surcroît, nous avons l'assurance que Lui, notre chef est déjà vainqueur :

Courage ! J'ai vaincu le monde ! (Jn 16, 33)

Les trois tentations de Jésus au désert sont la réponse à la triple concupiscence, ou inclination au mal que nous portons en nous, séquelle du péché originel : - orgueil (complaisance sur soi-même) - esprit de domination - esprit de jouissance. (cf. 1 Jn 2, 16)

Laissée pour nos combats, la concupiscence n'est pas capable de nuire à ceux qui, n'y consentant pas, résistent avec courage par la grâce du Christ. (CEC 1264)

Cette inclination au mal nous reste malgré la purification du baptême :

Le Baptême en donnant la vie du Christ, efface le péché originel et retourne l'homme vers Dieu, mais les conséquences pour la nature, affaiblie par le mal, persistent dans l'homme et l'appellent au combat spirituel. (CEC 405)

Elle nous a été laissée pour que nous ayons à combattre et "faire nos preuves" :

La grâce du Baptême ne délivre personne de toutes les infirmités de la nature.
Au contraire, nous avons encore à combattre les mouvements de la concupiscence qui ne cessent de nous porter au mal.
(Catéchisme Romain (Concile de Trente) repris dans CEC 978 - Voir aussi CEC 1426)

Jésus combat avec nous et pour nous

Dans ce combat contre le mal en nous, nous en avons l'assurance : nous ne sommes pas seuls. Nous savons bien que nous avons absolument besoin de la force, de la grâce divine : cette force, c'est Jésus qui nous l'a obtenue. Il est là pour nous aider, nous soutenir, par la prière et par les sacrements.

…Si c’est dans le Christ que nous sommes tentés, c’est en Lui que nous dominons le diable.
Tu remarques que le Christ a été tenté et tu ne remarques pas qu’Il a vaincu ?
Reconnais que c’est toi qui es tenté en lui ; et alors tu reconnaîtras que c’est toi qui es vainqueur en Lui.
Il pouvait écarter de lui le diable ; mais, s’il n’avait pas été tenté, Il ne t’aurait pas enseigné, à toi qui dois être soumis à la tentation, comment on remporte la victoire. (saint Augustin Homélie sur le Paume 60)

Les armes du combat

Puisque nous sommes engagés dans un combat spirituel, il nous faut des armes spirituelles.
Nous avons à lutter contre des forces qui, par nature, sont plus puissantes que nous : ce n'est pas par nos seules forces que nous pourrons y parvenir : Sans Moi, vous ne pouvez rien faire… (Jn 15, 5)

Mais si, dans la prière, nous faisons appel à la force divine, la grâce, là, nous sommes assurés de la victoire. Et nous savons que Dieu ne refuse jamais sa grâce à ceux qui la Lui demandent avec humilité et confiance.
A la base de notre combat, il faut donc l'humilité : reconnaissons nos défauts, nos torts, nos fautes, prenons conscience de notre faiblesse : c'est quand je suis faible que je suis fort (2 Co 12, 10), car alors c'est sur la force divine que je m'appuie, non pas sur moi-même.

Dans ce domaine des armes spirituelles, un exercice nous sera très salutaire : l'examen de conscience. C'est une arme particulièrement efficace pour lutter contre la force du mal en nous.
Le Carême sera peut-être l'occasion de le reprendre si on l'avait un peu oublié.
Avec la prière, les autres armes classiques du carême sont la pénitence et le partage ou aumône
Ne les négligeons pas, pensons à nous en servir…

Le Carême est le temps de la libération

En réalité, les renoncements, les détachements qui nous sont demandés, sont, en fait, autant de libérations : celles d’esclavages auxquels, plus ou moins consciemment, nous étions attachés.
Cette lutte nous est salutaire.
Ceux que la perspective de ces "pénitences" de Carême attriste, ce sont ceux qui, étant rivés à leurs esclavages et s'y trouvant bien, n’ont pas envie de lutter.

La joie du Carême

Contrairement à une mentalité assez courante, le Carême n’est pas un temps de tristesse ! La lutte n’est pas, en soi, nécessairement triste : on lutte contre un ennemi pour lui reprendre un bien dont il nous prive. La lutte est même plutôt signe de santé : un grand malade ou un mourant ne lutte plus.
Et la victoire obtenue procure une joie certaine.

En outre, dans le cas du combat spirituel, nous avons, grâce à Jésus, l'assurance de la victoire, ce qui n’est pas le cas dans les guerres humaines ! Cela doit nous rendre plus ardents encore à combattre l’ennemi et à gagner la bataille...

Celui qui aura combattu selon les règles sera couronné. (2 Tm 1, 5)

Non, le Carême n’est pas triste ! C’est un exercice de l’âme et du corps, un combat spirituel qui nous prépare à la joie de Pâques.
On y découvre au contraire la profonde joie du cœur débarrassé de ses entraves, purifié, qui peut enfin monter vers Dieu en toute confiance et allégresse : c’est tout le mystère de la Joie pascale, à laquelle nous prépare l’ascèse purificatrice du Carême.

Entrer dans la dynamique du carême

Le Carême est l'occasion rêvée de "surnaturaliser" notre vie quotidienne : c'est d ans la vie quotidienne que se forge la sainteté.
La remise en ordre doit commencer par cet ensemble d'actes où l'habitude, la détestable habitude, nous guette. A cause d'elle, trop souvent, nous ne savons plus aimer et adorer la Présence Divine.

Notre effort de Carême commence et culmine dans les petites choses de chaque jour.
Car le sens de la Présence de Dieu ne doit pas s'arrêter à quelques moments privilégiés de la journée ou de la semaine.
Dieu ne cesse de veiller sur nous, de nous entourer de sa grâce : la pratique de la pénitence nous permettra de rester attentifs à sa Présence, et de Lui laisser le champ libre, de nous laisser modeler à sa guise.


Dans l’Évangile, c'est toute la mission de Jésus qui nous apparaît essentiellement comme un combat acharné contre Satan.

A chaque page de l’Évangile, Jésus expulse les démons, inflige à Satan défaite sur défaite.
Car le démon n’a qu’une idée en tête : empêcher à tout prix Jésus d’accomplir sa mission.
Tel est le sens des tentations extérieures subies par Jésus au désert.

L’œuvre spécifique de Jésus, hier et aujourd’hui, dans l’assistance qu’Il accorde à son Église, est d’évincer Satan, de détruire son royaume. Cette idée fondamentale se retrouve dans plusieurs paraboles de l’Évangile, mais ici, au désert, nous l’avons à l’état pur, sans paraboles. Ici, nous sommes en présence du combat singulier qui oppose Jésus à Satan et qui marque la défaite de Satan...

Nous sommes donc invités à combattre contre Satan que Jésus Lui-même appelle le prince de ce monde. (Jn 12, 31) 

Pourquoi, disait saint Paul, les athlètes se soumettent-ils à un régime sévère ? - Pour une couronne périssable. (1 Co 9, 25)

Pour l’amour de Jésus-Christ, le chrétien se soumet non pas à un régime sévère, mais à une discipline intérieure afin de lutter sans répit contre sa concupiscence, ce qui est le moyen le plus efficace de détruire le royaume de Satan.

(Père G. ZUCCHELLI A travers les Evangiles. Nouvelles Editions latines)


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