Jésus n'a pas craint, pour naître, la paille et la poussière d'une crèche. Et Jésus veut faire en nous sa demeure. Pouvons-nous en être dignes si nous ne nous faisons pas "crèche" nous-mêmes, c'est-à-dire désencombrés ?

 Jésus naît caché, au milieu de la nuit, dans la plus extrême pauvreté, le froid, les courants d'air, ignoré de tous, parfois même rejeté.
Ainsi la toute première leçon qu'Il nous donne, en renonçant au confort le plus élémentaire (la meilleure des leçons, c'est toujours l'exemple), c'est le détachement de toutes les choses créées. Plus tard, Jésus nous conseillera "l'esprit de pauvreté" :

Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux. (Mt 5,3)

"L'esprit de pauvreté nous rappelle que nous n'avons rien que nous ne l'ayons reçu. (1 Cor 4, 7)
Se mettre dans l'esprit de pauvreté, c'est simplement se mettre dans la vérité. Faites-vous pauvres. Prenez conscience du vide secret qui est au fond de vous : si vous osez y jeter votre regard, tous vos besoins factices tomberont de vous comme un vêtement, vous serez libres et dégagés, prêts pour les tâches les plus hautes, et peut-être vous apercevrez-vous alors que vous avez la vraie richesse".
(André CHARLIER. Lettres aux capitaines)

Si les richesses viennent à toi, n'y attache pas ton cœur. (Ps 61, 11)

Le Tout-Puissant comble de biens les affamés, mais Il renvoie les riches les mains vides. (Lc 1, 53)

Mes petits enfants, qu'il est difficile à ceux qui se confient dans les richesses d'entrer
dans le royaume de Dieu ! Il est plus aisé à un chameau de passer par le trou d'une aiguille
qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. (Mc 10, 23-24. - Mt 19, 23 - Lc 18, 24)

Pour le matérialisme ambiant dans lequel nous baignons, ce détachement de toutes les choses créées est une terrible leçon. Et combien de fois passe-t-elle inaperçue ?
Tout comme la Nativité elle-même... On ne veut pas l'entendre : elle dérange.

Nous avons médité avec nos enfants, tout en préparant la crèche, sur ce dépouillement intérieur que Jésus attend de chacun de nous, les plus petits comme les plus grands, pour qu'Il puisse venir habiter en nous.

Si quelqu'un m'aime, il observera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui,
et nous ferons chez lui notre demeure.
Celui qui ne m'aime pas ne garde pas mes paroles... (Jn 14, 23)

Notre âme... : Jésus veut en faire sa demeure

S'Il est descendu du Ciel, c'est parce qu'Il nous aime et qu'Il nous veut pour Lui, pour la gloire de son Père, et pour faire notre bonheur. Il est venu "quêter" notre amour... s'Il est venu, c'est pour nous attirer à Lui :

Par le mystère du Verbe incarné, un nouveau rayon de la splendeur divine a brillé aux yeux de notre âme, afin que, connaissant Dieu sous une forme visible, nous soyons attirés par Lui à l'amour des choses invisibles. (Préface de Noël)

Nous ne pensons pas assez qu'en effet, les choses invisibles sont plus "vraies" que les visibles :
les choses invisibles sont des réalités éternelles, tandis que les réalités visibles ne sont que temporelles et temporaires, et disparaîtront tôt ou tard avec le monde présent.

Ne perdons jamais de vue que notre véritable finalité n'est pas de rester sur la terre, mais que notre vie ici-bas est destinée à préparer notre éternité.

Si nous en vivions davantage, nous ne nous laisserions pas tant attirer par les apparences sensibles, si souvent trompeuses. Mais nous nous laisserions "fasciner" par l'Amour Divin qui n'attend que notre consentement sans réserve pour nous façonner "à son image" et nous remplir de la plénitude de sa Joie. (Jn. 17, 13)

Mais Il n'accepte pas de partager notre âme avec ce qui n'est pas digne de Lui

Jésus veut faire en nous sa demeure... Il ne craint pas la paille et la poussière de la crèche, mais Il n'accepte pas de partager notre âme avec ce qui n'est pas digne de Lui...
Et Il nous laisse libres... Il nous laisse faire le choix que nous voulons.

Sachons seulement qu'on ne peut partager son cœur entre Lui et nos attachements excessifs aux choses de cette terre : il faut choisir. Si nous voulons vraiment que Jésus fasse en nous sa demeure, il nous est demandé de rompre avec ces attaches inutiles, ou nuisibles, qui nous retiennent plus ou moins loin de Dieu : nous détacher des choses créées.

Rompre avec certains attachements excessifs…

Se détacher des choses créées, mais pourquoi, puisque c'est Dieu qui nous les a données ? Ne sont-elles pas bonnes ?

Tout ce que Dieu a fait - et qu'Il nous a donné - est bon en soi, cela est certain.

Mais ce qui n'est pas toujours bon, c'est notre façon de nous servir de ces choses, de nous y attacher excessivement. Le mal est dans l'excès, pas dans la chose elle-même.

Tant que nous aimons les créatures "en Dieu", c'est-à-dire d'une manière ordonnée, raisonnable, en les maintenant à la juste place que Dieu a prévue pour chacun individuellement (et ce ne sera pas nécessairement la même pour moi et pour mon voisin ...), tout est bon : ces choses sont des moyens pour nous faire monter vers Dieu.
Ce n'est qu'à partir du moment où le moyen devient une fin en soi que le désordre arrive.

Prenons un exemple :

J'aime beaucoup le chocolat, mais le chocolat me rend malade. Chaque fois que j'en prends, non seulement je suis malade, mais je deviens très désagréable pour les autres... Le chocolat est-il vraiment une bonne chose pour moi ?

Ce que Dieu me demande par rapport au chocolat, c'est

1) de m'en priver pour éviter d'être malade : motif d'ordre naturel, qu'il faut respecter.
2) mais aussi de voir dans cette privation, qui m'est imposée par ma nature déficiente, la volonté de Dieu sur moi sur ce point précis, et de m'y soumettre en esprit d'obéissance à Dieu. Et même : avec le sourire !

Et ceci est un motif surnaturel : faire une chose "pour l'amour de Dieu", (ou "par amour pour Dieu") ce qui lui donne alors une toute autre dimension, une valeur d'éternité.
(A chacun de nous de transposer l'histoire du chocolat sur ses préférences personnelles...)

Tout ordonner à Dieu

Dieu est l'Unique Bien, "Unum necessarium" : c'est en Lui que nous pouvons trouver tous les autres biens, mais seulement à la juste place voulue par Dieu pour nous. Autrement dit : tout ordonner à Dieu.
Mais y a-t-il une règle pour savoir comment "tout ordonner à Dieu" ? Oui : ce sont les COMMANDEMENTS :

La loi du Seigneur est parfaite, elle restaure les âmes ...
Plus désirable que l'or et les pierres précieuses,
plus douce que le miel qui coule des rayons…
A ceux qui la gardent est promise une magnifique récompense. (Ps 18, 8. 11-12)

Mais, plus concrètement ? – Plus concrètement, la règle est simple :

Une chose est bonne pour nous dans la mesure où elle nous aide à monter vers Dieu, à grandir dans l'amour de Dieu et l'amour du prochain,
Elle nous est mauvaise dans la mesure où elle nous en détourne, parce qu'en cela c'est nous-mêmes, notre plaisir ou notre intérêt, que nous recherchons.

Depuis que l'homme s'est détourné de Dieu, depuis que le péché est entré dans le monde, il y a dans nos vies des désordres, un déséquilibre, en ce sens que nous préférons la créature au Créateur.

Prenons l'exemple de Françoise, une jeune maman, ancien prix du Conservatoire, passionnée de musique. Dès qu'elle a un moment libre, elle s'y remet. Après le goûter des enfants, au retour de l'école (ils sont encore petits, il n'y a pas encore - heureusement ! - de travail de classe à faire le soir à la maison), elle installe ses enfants à jouer dans leur chambre ou devant la télévision... et la voilà à son piano. Le temps passe : elle ne le sent pas passer...

8 heures du soir, son mari rentre : Comment, tu es déjà là ?...
Aïe ! Le dîner n'est pas fait, les enfants ne sont pas couchés, ils n'ont même pas dîné.
Vous le voyez, vous, le désordre ? Elle, non (son mari, oui...).

Ces désordres, nous sommes par nous-mêmes incapables de les réparer et, en plus, nous n'en avons aucune envie !

Seul ce petit Enfant Jésus, tout petit sur la paille de la Crèche, peut les réparer. Mais Il ne le fera pas sans nous. Plus tard, il dira Lui-même qu'Il est le médecin de nos âmes : Il est venu pour les guérir de tous leurs désordres : encore faut-il vouloir être guéri !

Comme il est important pour la vie de notre âme (vie surnaturelle : la vie de Dieu en nous), que nous nous laissions faire ! Laissons-Le en toute confiance entrer en notre âme et agir en nous comme il Lui plaît.

Devant l'Enfant de la crèche, faisons-nous tout petits et admirons l'humilité de notre Sauveur. Restons en silence devant Lui : adorons-Le, Lui notre Dieu, remercions-Le, et puis écoutons bien les leçons qu'Il nous dira, à chacun de nous personnellement.

Jésus, Lui seul, est notre modèle

Lui seul nous aidera à remettre chaque chose à sa juste place, à nous détacher de ce qui encombre notre âme : ce à quoi nous tenons, ce que nous n'avons pas envie de "lâcher".

Tout doucement, avec une infinie patience, Il nous apprendra à nous en défaire, à y renoncer par amour pour Lui. Nous nous sentirons alors merveilleusement libres !

Nous comprendrons que nous ne sommes faits que pour Lui, que c'est en Lui que nous pouvons vivre toutes choses.

C'est alors que nous pourrons, librement, Lui rendre "amour pour amour".



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