Il n'y a pas à attendre que les enfants soient en âge de "comprendre" pour leur donner le sens du mystère. Il s'agit d'abord de les en faire vivre, ce qu'on peut... et doit... faire dès le plus jeune âge.
Plan de ce document :
- 1) Évoquer mystère avec des si petits ?
- 2) Comment développer chez nos enfants le sens du mystère.

Quand, comment leur en parler ?

1 - Parler de mystère à des si petits ?

Notre première réaction n'est-elle pas souvent de dire : " Mais vous n'y pensez pas ? il est bien trop petit, il ne peut rien comprendre... Nous verrons plus tard..."
Nous partons sur cette base : "il ne peut rien comprendre…". C'est vrai. Mais c'est oublier que, devant le mystère, il ne s'agit pas de "comprendre", du moins au sens intellectuel du mot : il s'agit de pressentir une Réalité invisible qui nous dépasse, dans une attitude de contemplation et d'adoration. Voir le document : Avons-nous le sens du mystère ?

Une grande réceptivité spirituelle

C'est aussi ne pas tenir compte de la psychologie des tout-petits : jusqu'à 6 ans au moins (avant l'âge de raison), ils fonctionnent sur un mode de connaissance intuitive, pas encore rationnelle.
Dieu les a ainsi dotés d'une étonnante réceptivité spirituelle, cette capacité de saisir les réalités invisibles : à ce niveau, ils sont souvent bien plus réceptifs que nous (plus purs et moins rationnels). Profitons de cette merveilleuse faculté pour la développer en temps voulu (cela passera !).

Une vision de foi

Enfin, ce qui serait probablement juste pour les choses humaines ne l'est pas dans le domaine religieux : n'oublions pas qu'il s'agit ici de la vie "surnaturelle", où il nous est demandé de tout vivre dans une vision de foi. Nous avons devant nous un petit baptisé qui a encore, toute pure, la grâce de son baptême : de ce fait, il est "capable de Dieu" et plus réceptif que nous au mystère.
Les témoignages abondent : on ne redira jamais assez quelle aisance ont les tout-petits pour absorber le divin. Cette connaissance intuitive les met directement au cœur des grandes vérités de la foi.

Un âge privilégié

Les faire entrer dans le mystère ? Ils y sont autrement plus à l'aise que nous. Entre 3 et 6 ans, les petits vivent de plain-pied dans le mystère : tout leur est mystère, ils ont tout à découvrir, tout à apprendre. Ils acceptent sans difficulté ce qui les dépasse, sur une simple affirmation de l'adulte qui a leur confiance.
Ce qui est vrai des connaissances dans l'ordre naturel, l'est de la même manière des choses spirituelles. Dans l'univers de la foi, les petits vivent à l'aise, ils n'ont aucune difficulté à "assimiler" ce qui dépasse leur compréhension. Ils acceptent ce qu'on leur dit, tout simplement. Une affirmation nette, précise, leur suffit, à une condition pourtant : qu'il sente notre foi assurée, et non pas hésitante !

Importance de notre exemple

Si nous-mêmes avons ce sens du mystère, si nous vivons profondément de ces grandes vérités de la foi, dans notre vie de prière, dans la liturgie, dans notre vie quotidienne, alors, spontanément, ces réalités invisibles s'imprégneront, comme par osmose, dans le cœur de nos petits et s'y ancreront pour la vie entière.
La foi de nos petits sera le reflet de la nôtre. C'est dans la nôtre qu'elle prend ses racines. C'est donc bien notre exemple qui créera l'ambiance favorable où ils respireront la Vérité et la Charité divines. N'est-ce pas là la meilleure formation que nous puissions assurer à nos enfants ? Commençons-la donc tant qu'ils sont tout-petits…

Dès le plus jeune âge, une imprégnation…

Nous voyons bien combien il importe, pour que ces affirmations des mystères, de ces grandes vérités de la Foi, s'établissent en profondeur dans l'âme de nos enfants, de les y semer tant qu'ils sont encore tout jeunes, dès 3 ou 4 ans, et de les en faire vivre.
Nous n'avons donc pas à hésiter, et nous avons même le devoir de mettre nos tout-petits en contact avec le mystère divin (leur donner ce sens du mystère), le plus tôt possible, sans attendre, et leur assurer une première initiation aux grands mystères de la foi chrétienne.
Ce travail est facilité par le fait que, dans les toutes premières années, l'initiation chrétienne ne consiste pas en des explications, mais en des affirmations simples, nettes, précises. Mais ce qui importe, par contre, c'est que ces affirmations soient fondées sur notre propre assurance dans la FOI.

2 - Comment développer chez nos enfants le sens du mystère

Pour donner une première leçon notionnelle sur le mystère, on attendra, environ, l'âge de 6 ans. Mais c'est bien avant déjà que nous aurons imprimé dans le cœur de nos petits ce sens du mystère, que nous les en aurons fait vivre : sans le "mot", mais avec notre exemple, ils en auront alors une connaissance intuitive. Pour cette formation, il nous suffit de quelques pistes très simples :

- d'abord, savoir admirer,
- ensuite, le sens de la présence de Dieu,
- ce qui nous conduit à vivre sous son regard.
- vivre les mystères de la vie de Jésus.

Ce sont ces points que nous détaillons ici.
Simultanément, autre approche indispensable du mystère :

- le sens du sacré. Voir  Les enfants et le sens du sacré
- la prière.

Voir  Conseils pour la prière en famille et le livre Sur les genoux des mamans.

Sera traité séparément, lui aussi, le premier enseignement notionnel sur

- le mystère en général,
- puis sur chacun des trois grands mystères de notre foi chrétienne, la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption : comment les présenter aux enfants.

De l'admiration à la louange

Nos petits ont tout à découvrir, et tout leur est sujet d'émerveillement : admirer, s'émerveiller, c'est bien le propre de la petite enfance :
Mais, pour être pleinement heureux, ils ont besoin que nous partagions avec eux cet émerveillement : savons-nous nous arrêter quelques instants dans nos occupations pour les accompagner dans leurs découvertes, retrouver un regard neuf sur les choses et la joie d'admirer simplement ces mille petites choses que nous ne remarquions même plus ? Retrouver un cœur d'enfant qui s'émerveille !
Il est important de favoriser chez eux le sens de l'observation, et il n'est pas besoin d'aller bien loin pour cela : le moindre brin d'herbe, une petite fleur, une coccinelle, une fourmi savent bien retenir l'attention d'un petit de 3 ans étonnamment longtemps… plus longtemps que nous, en tous cas !
Un coucher de soleil, une source qui coule dans la montagne, le miroitement du soleil dans la mer, la blancheur de la neige, etc, etc. : pensons-nous à "admirer" ?
De cette observation, de cette admiration, il est si facile de remonter de la créature au Créateur, de Le remercier, de Le louer... Cette admiration des "petites choses simples" de la nature est le chemin tout tracé de la louange divine, de la contemplation, de l'action de grâces et de l'entrée dans le mystère surnaturel.

Ô Seigneur, notre Dieu, qu'il est grand ton Nom, par toute la terre ! (Ps 8, 2)

Que tes œuvres sont belles, que tes œuvres sont grandes, Seigneur,
Seigneur, Tu nous combles de joie… (d'après le Ps 91, 6)

Que le Nom du Seigneur soit béni, maintenant et toujours.
Du lever du soleil jusqu'à son coucher, loué soit le Nom du Seigneur. (Ps 112, 2-3)

Louons le Seigneur, parce qu'Il est bon, chantons la douceur de son Nom.
Tout ce que veut le Seigneur veut, Il le fait,
dans les cieux et sur la terre, dans la mer et au plus profond des abîmes. (Ps 134, 3, 6)

Le sens de la présence de Dieu

"Dieu est là" - "Dieu est bon" - "Dieu est grand" - "Dieu est saint".

Nous citerons ici quelques passages de l'excellent petit livre de Jeanne-Marie DINGEON : Père et Mère à l'image de Dieu. (Éd. Le grain de sénevé - 1960)

Avant 4 ans :

Les expressions de foi des adultes doivent contribuer à faire découvrir par le tout-petit une PRÉSENCE : la présence d'une Personne invisible, mystérieuse, mais cependant vivante, réelle, permanente.
Toutes ces expressions sont l'image, le "signe" de Dieu présent. Elles sont la première leçon de "catéchisme" du tout-petit. (...) L'important, à cet âge, est que l'univers de l'enfant soit riche de ces expressions qui s'accordent avec la foi infuse reçue au baptême.
Jusqu'à ce que le tout-petit atteigne sa troisième année, la vie s'écoule ainsi pour lui. Il n'a pas encore de vie autonome. Il est dans un état d'entière dépendance vis-à-vis de ses parents, de l'ensemble de la famille.
Tout ce dont il a besoin, pour la croissance de la vie divine reçue au baptême, il le reçoit dans l'intimité du foyer. Il vit sur le plan surnaturel par une sorte de phénomène d'osmose : ce dont vivent et se nourrissent ses parents est sa propre nourriture.
Ainsi, donc, jusqu'à 4 ans, Dieu est présent à l'enfant parce que ses parents le portent avec eux. (J-M . DINGEON : Père et Mère à l'image de Dieu. p. 26)

"Ce dont vivent et se nourrissent ses parents est sa propre nourriture..." Importance primordiale de la vie de prière des parents dans l'éducation religieuse de leurs enfants dès le début de la vie.
C'est bien à travers la foi et la prière de ses parents que le tout-petit (de 0 à 4 ans) sera préparé au sens du mystère. C'est la mise en pratique de l'affirmation : "Dieu est grand, et nous sommes petits".

Bénis le Seigneur, ô mon âme : Seigneur mon Dieu, Tu es si grand !
Revêtu de magnificence, Tu as pour manteau la lumière ! (Ps 103, 1-2)

A partir de 4 ans :

A partir de 4 ans, l'enfant va commencer de se situer devant Dieu, de même qu'il se situe par rapport aux membres du foyer et au monde environnant.
La ligne de conduite est toute tracée : l'univers qu'il découvre (...) est signe de Dieu : "Dieu est là" - "Dieu est bon" - "Dieu est grand" - "Dieu est saint". (...)
Le sentiment de la présence de Dieu est donc pour le tout-petit source de joie et de sécurité. (J-M . DINGEON : Père et Mère à l'image de Dieu. p. 51-53)

Vivre sous le regard de Dieu

"Dieu me voit", "Dieu m'aime"…: quelle source de joie et de sécurité aussi pour l'enfant, ces paroles, prononcées doucement, dans une atmosphère de paix.

Du haut du Ciel, le Seigneur regarde les enfants des hommes,
pour voir s'il en est un qui soit sage, un qui cherche à plaire à Dieu. (Ps 13, 2)

Les petits n'ont aucun mal à se savoir toujours sous le regard de Dieu et aimés de Lui. Cette idée trouve son application, d'abord dans la prière, mais aussi, tout naturellement, dans la vie quotidienne : cela pourra les aider à résister à quelque caprice, colère ou désobéissance (mais n'en faisons pas un élément de chantage !)...

Le Seigneur est dans son temple saint, le Seigneur a son trône dans le Ciel.
Il garde ses yeux ouverts sur les petits, il examine les enfants des hommes. (Ps 10, 4)

Suivant le temps liturgique, on pourra les inviter à accompagner Jésus dans les différents mystères de sa vie : ressembler à Jésus-Enfant (le parfait modèle pour les enfants), accepter un sacrifice par compassion pour Jésus souffrant sur le chemin de sa Passion, les encourager dans leurs efforts en pensant à Jésus ressuscité... etc.

Vivre les mystères de la vie de Jésus

- Raconter les différentes scènes de la vie de Jésus, des grands événements religieux, des fêtes, etc.
On fera ces récits toujours en se rapprochant au plus près de la Sainte Écriture et de la Liturgie : on peut le lire soit dans le texte même de l'Evangile du dimanche, soit dans la Bible d'une Grand'Mère (Comtesse de Ségur), ou tout autre livre de ce genre.
Ce sera encore mieux si ce récit peut être accompagné de belles illustrations (le mieux, lorsqu'on le peut, est de trouver de bonnes reproductions de tableaux).

- Faire dessiner (si possible) et colorier ensuite certaines de ces scènes est, pour les petits, l'accompagnement idéal d'un récit. Pendant que l'enfant colorie, il continue de méditer sur ce qu'il vient d'entendre, il se l'assimile, le fait "sien" : c'est une manière pour lui d'approfondir et d'enraciner dans son cœur tel ou tel de ces mystères de la vie de Jésus, notre modèle.

- Mimer
Il s'agit ici, simplement, non pas de "faire du théâtre", mais de vivre comme quelque chose de sacré les gestes et expressions d'une scène.
L'exemple le plus courant est la crèche vivante, à Noël, dont l'objectif essentiel est de graver dans l'esprit de nos petits la réalité de la Nativité.

Mais pourquoi ne pas reprendre aussi, du moins en partie, et avec des enfants plus grands - dans un groupe de catéchisme par exemple - cette belle coutume médiévale des "mystères de la Passion" qui étaient joués sur le porche des cathédrales ?
Les scènes mimées de la Passion du Sauveur n'avaient pas d'autre but que de nourrir la foi des fidèles, de les imprégner de ces grandes vérités de notre salut, et les en faire vivre intérieurement. Cela se passe encore ainsi de nos jours dans de vieux pays de chrétienté, en Pologne, par exemple.


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