C'était vraiment une famille très pauvre, la famille Soubirous, plus pauvre que tout ce qu'on peut imaginer. François Soubirous, le père, qui était meunier...

"QUE SOY ERA IMMACULADA COUNCEPCIOU"

C'était vraiment une famille très pauvre, la famille Soubirous, plus pauvre que tout ce qu'on peut imaginer. François Soubirous, le père, qui était meunier, avait fait de mauvaises affaires et avait dû, avec sa femme Louise et les enfants (Bernadette 14 ans, Toinette 12 ans, Jean-Marie et Justin) quitter le moulin de Boly à Lourdes où ils habitaient.

Ils s'étaient réfugiés dans une ancienne prison de la ville, appelée "le cachot", une misérable pièce, froide et humide, avec deux fenêtres à barreaux, où l'on ne faisait du feu que quand il y avait du bois à brûler, et où l'on n'avait pas tous les jours de quoi manger.

Ce 11 février 1858, Maman Soubirous, pour faire bouillir un maigre plat dans la marmite, n'a plus de bois. C'est Bernadette qui part en chercher, avec sa soeur Toinette et une de leurs amies, Jeanne Abadie.
Pour trouver quelques fagots de bois sec, elles se dirigent le long du Gave, vers ce que l'on appelle la rive Massabielle. Il fait froid en ce matin de février et le ciel est gris. Bernadette, qui a de l'asthme, hésite à traverser l'eau glacée du Gave en enlevant ses sabots, comme l'ont fait Jeanne et Toinette pour atteindre un amas de branches mortes, sur l'autre rive, au pied du rocher.

Un grand vent

Elle cherche où traverser et commence à se déchausser. Dans le lointain, elle entend les douze coups de midi qui viennent de sonner. Mais... qu'est-ce que ce grand vent tout à coup ? Non, pas une branche ne bouge, elle a dû se tromper... Pourtant...
Et voilà à nouveau que ce grand bruit de vent recommence, comme quand un orage se prépare...

172'NDLourdesEt puis tout à coup, là, en face, dans le creux du rocher, apparaît une grande dame inondée de lumière, habillée de blanc, debout près d'un églantier ! Bernadette a peur, elle veut appeler mais n'arrive plus à parler ; elle prend son chapelet et veut faire le signe de croix, mais sa main retombe avant même d'avoir pu toucher son front...
la Dame dans le rocher sourit, fait le signe de croix et, cette fois, Bernadette peut le faire à son tour. Elle prie et n'a plus peur du tout ! Elle est toute émerveillée et transportée de bonheur : cette si belle dame qui a une longue robe blanche très simple avec une large ceinture bleue, a aussi un chapelet au bras droit qu'elle égrène en même temps que Bernadette. Mais elle ne parle pas. Quand le chapelet est fini, la dame de lumière disparaît tout à coup, comme elle est venue. Il ne reste plus que l'églantier dans le creux du rocher...

Il est midi, il fait jour, pourtant tout paraît maintenant à Bernadette sombre et sans éclat, après ce qu'elle vient de contempler. Quel mystère ! Que s'est-il donc passé ? Bernadette est toute bouleversée.
Ses compagnes de l'autre côté de la rivière l'ont bien vu dire son chapelet, et elles trouvent qu'on n'est pas là pour prier, mais pour ramasser du bois...

Retourner à Massabielle ?

Sur le chemin, en revenant, Bernadette se décide à leur demander : "N'avez--vous rien vu dans le creux du rocher ?" Non, elles n'ont rien vu... mais elles insistent tellement pour tout savoir que Bernadette raconte. C'est un secret, mais bien sûr en arrivant, elles racontent tout à leur tour.
Maman Soubirous, qui ne veut pas d'histoires, interdit de retourner désormais à Massabielle.
Pourtant, le dimanche suivant, le 14 février, après la messe, quelques bonnes personnes l'ayant influencée, elle permet à sa fille d'aller à nouveau à la grotte. Mais on décide que Bernadette jettera de l'eau bénite à la Dame, au cas où ce serait le diable... Bernadette part donc, accompagnée de quelques amies. elle est grave, silencieuse ; aussitôt arrivée, elle se met à genoux et s'écrie presque tout de suite : "La voilà ! La voilà !"

La belle Dame paraît sortir de l'intérieur même du rocher. Bernadette est rayonnante, elle sourit. Ses amies sont très impressionnées, mais elles pensent quand même à l'eau bénite. Bernadette en envoie sur la Dame, que cela fait sourire...
Comme le 11 février, elle est habillée de blanc, avec une ceinture bleue ; comme ce jour-là, elle égrène son chapelet en même temps que Bernadette, mais toujours sans prononcer une parole, et disparaît comme dans un éclair dès que la prière est terminée...

Voulez-vous me faire la grâce de venir ici

A Lourdes, tout cela commence à se savoir et les langues vont bon train... Les parents Soubirous ne sont pas contents du tout. Ils veulent encore interdire à leur fille d'aller à la grotte mais, cette fois, ce sont deux dames fort pieuses et de bonne réputation qui proposent d'accompagner Bernadette un matin très tôt, sans témoins. Comme les autres fois, la Dame apparaît, ce jeudi 18 février et pour la première fois, elle va parler à Bernadette : "Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours ?" Bernadette est radieuse, transportée de bonheur. De plus, c'est la première fois qu'on lui dit "vous", comme à une grande personne.

La Dame ajoute : "Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l'autre", et elle exprime le désir que beaucoup de monde vienne ici, à la grotte. Puis elle disparaît comme les autres fois.

Ce jour-là est jour de marché à Lourdes et tout le monde maintenant, dans les rues et aux étalages des marchands, parle de ce qui se passe à la grotte de Massabielle...
Les parents de Bernadette sont très troublés. Chaque jour, il y a de plus en plus de monde pour suivre Bernadette à la grotte pour la voir prier... ou pour se moquer d'elle !
Mais elle ne fait attention à personne. Elle ne vient que pour voir la Dame, et sa modestie, sa simplicité, sa pauvreté impressionnent tout le monde.

Le maire et le commissaire de police

Le 19 et le 20 février, Bernadette vient à Massabielle accompagnée de maman Soubirous. La Dame lui apparaît, mais sans lui parler.
Le 21 février est un dimanche et il y a déjà des centaines de personnes à la grotte et autour de Bernadette. Au premier rang des assistants se trouve le Docteur Dozous, de Lourdes, qui ne croit pas à ces apparitions. Mais il examine Bernadette pendant qu'elle est en extase et change complètement d'avis.

C'est ce jour-là que la Dame demande à Bernadette avec tristesse de "prier pour les pauvres pécheurs, pour le monde si agité".
Dès son retour au cachot, Bernadette est convoquée par le maire et par le commissaire de police, Mr. Jacomet, qui n'apprécient pas du tout ce remue-ménage causé à Lourdes par Bernadette ! Tous les deux sont très en colère, la menacent, et essaient par tous les moyens de lui faire peur pour qu'elle n'aille plus à la grotte. Mais Bernadette répond simplement : "J'ai promis à la Dame..."
Le lendemain, à l'école, on se moque d'elle et on la surveille de près (elle a 14 ans, mais elle est toute petite et ne sait encore ni lire ni écrire, car elle a beaucoup manqué l'école, étant souvent malade).
Dès que la cloche sonne, Bernadette part vers la grotte. Il y a encore beaucoup de monde qui l'attend. Il y a aussi les gendarmes...

Bernadette se met à genoux et prie, mais la Dame ne se montre pas. Bernadette est très déçue ; sur son chemin, les gens se moquent d'elle, elle rentre chez elle en pleurant. Ses parents la consolent avec amour. Sans comprendre vraiment ce qui se passe à Massabielle, ils lui laissent maintenant toute liberté de s'y rendre quand elle voudra. Elle en est si heureuse quelle n'en dort pas de la nuit !

"Je veux qu'on m'élève ici une chapelle"

Le lendemain matin, elle se lève avant le jour et arrive à Massabielle où la Dame se montre à elle dès qu'elle s'est mise à genoux. La Dame la regarde avec une grande tendresse, lui demande d'approcher, lui confie un secret que Bernadette ne dira jamais à personne de tout sa vie. Avant de disparaître ce jour-là, elle lui donne un message important : "Allez dire aux prêtres que je veux qu'on m'élève ici une chapelle".

Quelle mission ! Il va falloir maintenant aller voir Monsieur le Curé !
Bien sûr, M. l'abbé Peyramale, curé de Lourdes, a entendu parler de cette Bernadette Soubirous qui frappe aujourd'hui à sa porte. Quand elle lui transmet la demande de la Dame, il prend sa grosse voix et répond d'un air bourru : "Je ne sais pas du tout qui est cette Dame : qu’elle dise d'abord son nom ! Et si elle veut une chapelle, dis-lui donc qu'elle fasse fleurir l'églantier qui est dans la grotte!"

(Cette dernière phrase était simplement une plaisanterie, qui voulait dire que le curé ne prenait pas au sérieux la demande de Bernadette)
Le lendemain, 24 février, il y a encore plus de monde que d'habitude... Bernadette transmet à la Dame la réponse de M. le Curé. La Dame sourit, demande à Bernadette de beaucoup prier pour les pécheurs, répète trois fois : "pénitence, pénitence, pénitence" et avant de disparaître confie un deuxième secret à Bernadette.

"Allez boire à la fontaine"

Le matin suivant, 25 février, dixième apparition de la Dame. Pendant une heure, Bernadette parle avec elle, les yeux fixés émerveillés, sur le creux du rocher. A un moment, après lui avoir confié un dernier secret pour elle seule, la Dame lui dit : "Allez boire à la fontaine et vous y laver. Et mangez aussi de l'herbe qui est à côté". Bernadette se dirige d'abord vers le Gave, car elle ne voit pas d'eau ailleurs.
Mais la Dame lui fait signe d'aller au pied du rocher : là, Bernadette gratte la terre avec ses mains et arrive à creuser un petit trou... il y a juste un peu d'eau boueuse au fond et cela n'a pas du tout l'air d'une fontaine... Pourtant le soir de ce 25 février, cela va devenir un mince filet d'eau, encore un peu plus gros le lendemain. Au bout d'une semaine, c'est une vraie source et maintenant il y a plein de robinets près de la grotte qui distribue six mille litres par heure...

La flamme qui ne brûle pas

Souvenez-vous : la Dame avait demandé à Bernadette de venir à la grotte pendant 15 jours, c'est-à-dire jusqu'au 4 mars. Tous les matins, Bernadette vient donc prier avec la Dame, son chapelet dans une main, un cierge allumé dans l'autre, sans s'occuper de tout la foule qui se presse autour d'elle. Un jour, pendant qu'elle parle avec la Dame, elle tient sa main gauche juste au dessus de la flamme du cierge pendant plus d'un quart d'heure, sans paraître se brûler. Le docteur Dozous, qui observe cela, est très étonné.
Quand Bernadette se relève après le départ de la Dame, il regarde cette main et ne trouve aucune trace de brûlure. Il rallume le cierge et remet la main de Bernadette juste au-dessus, comme elle était pendant l'apparition, mais cette fois Bernadette la retire aussitôt en disant " vous me brûlez !".
Ce jour-là, le Dr Dozous déclare : "maintenant, j'y crois, j'ai vu de mes propres yeux".

Le 4 mars arrive, dernier jour des rendez-vous fixés par la Dame. Il y a énormément de monde sur toute la rive Massabielle et beaucoup de gendarmes aussi. Tout le monde observe Bernadette. Personne ne voit rien ni n'entend rien. Mais Bernadette, elle, comme d'habitude, a une conversation tendre et animée avec la Dame. Elle prend de l'eau de la nouvelle source dans sa main, en boit, se lave le visage, se tourne à nouveau vers le creux du rocher.

La Dame n'a toujours pas dit qui elle était. Elle demande encore une fois à Bernadette : "Allez dire aux prêtres que je veux qu'on construise ici une chapelle et que l'on y vienne en procession". Et après ces mots, elle disparaît comme enveloppée dans un nuage d'or...

"Je suis l'Immaculée Conception"

Bien que les quinze jours soient passés, Bernadette n'est pas triste car elle sent qu'elle reverra cette mystérieuse Dame de lumière...
Elle continue à venir prier à la grotte et à y dire son chapelet.
Le 25 mars, fête de l'Annonciation, dès son réveil, Bernadette se sent poussée intérieurement à retourner à Massabielle. Toute heureuse et impatiente, elle court avec ses petits sabots le long du Gave et arrive enfin à la grotte. Elle se jette à genoux et, en effet, la Dame est bien là aujourd'hui : elle prie longtemps avec Elle.

Quel bonheur ! Bernadette lui demande de bien vouloir lui dire enfin qui elle est... La Dame sourit sans répondre. Bernadette redemande encore une deuxième, puis une troisième fois.
La Dame prend alors un air grave et, pendant que son chapelet glisse sur son bras droit, elle ouvre les bras, les incline vers la terre, les relève, joint les mains, regarde le Ciel et dit à Bernadette avec émotion : "Que soy era immaculada councepciou". Un sourire en encore, et elle disparaît dans sa lumière surnaturelle...

"Monsieur le Curé, voilà ce que la Dame m'a dit"

Que veulent dire ces mots mystérieux ? Cette belle Dame a un nom bien compliqué !
Bernadette n'y comprend rien... mais elle est bien contente : elle a enfin sa réponse pour M. le Curé qui demande toujours le nom de la Dame. "Je suis l'Immaculée Conception" : Bernadette répète ces mots incompréhensibles tout le long du chemin, de peur de les oublier.
Elle arrive toute essoufflée au presbytère : "Voilà, M. le Curé, ce que m'a dit la Dame : " Que soy era immaculada councepciou "...

Pour Bernadette, ces mots mystérieux ne veulent rien dire. Mais M. le Curé, lui, en quelques instants, a tout compris et il est bouleversé. Il ne le montre pas à Bernadette, mais maintenant il est certain que c'est la Vierge Marie elle-même qui apparaît à Bernadette dans la grotte de Massabielle.

En effet, quatre ans plus tôt, le Pape Pie IX avait proclamé le dogme de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie.
Cela veut dire qu'il avait déclaré solennellement que la Sainte Vierge était sans la tache du péché originel (= immaculée) depuis sa conception, c'est-à-dire depuis le tout début de sa vie, avant même sa naissance.
...Et voilà qu'aujourd'hui, dans cette petit ville des Pyrénées, la Vierge Marie apparaît à une pauvre bergère ignorante qui ne sait ni lire ni écrie et choisit justement les mots même du Saint-Père pour se présenter à elle !

Une grande palissade

Mais pendant ce temps, le commissaire Jacomet, exaspéré par tout ce qui se passe à la grotte, tous ces milliers de gens qui viennent maintenant prier à Massabielle et y prendre de l'eau de la source (car il y a de plus en plus de guérisons miraculeuses avec cette eau), décide d'en fermer l'accès.
Il fait installer une grande palissade devant, gardée par des gendarmes et fait planter un écriteau : "il est défendu de pénétrer dans cette propriété".

(Heureusement, ces barrières ne sont pas restées : elles ont fini par être retirées).

Bernadette, elle, se prépare avec ferveur à sa première communion qu'elle fait le 3 juin, dans un profond recueillement et une grande joie.
Quelques semaines plus tard, le 16 juillet (fête de Notre Dame du Mont Carmel), elle sent à nouveau dans son coeur le fort et mystérieux appel vers la grotte de Massabielle. Elle s'y rend donc avec sa tante mais ne pouvant approcher à cause des barrières, reste de l'autre côté du Gave.
Pour la 18ème et dernière fois, la Vierge lui apparaît avec un merveilleux sourire et pendant plus d'une quart d'heure regarde avec une tendresse infinie sa petite messagère qui la contemple pour la dernière fois sur cette terre. Bernadette dira plus tard : "Jamais je ne l'ai vue plus belle que ce jour-là", et aussi : "la Sainte Vierge est si belle que quand on l'a vue une fois, on voudrait mourir pour la revoir".

Après ces dix-huit apparitions, qui ont eu lieu entre le 11 février et le 16 juillet 1858, Bernadette va aller chez les soeurs qui tiennent à Lourdes l’école et l'hospice.
A 23 ans, elle entre comme novice au couvent de St Gildard, à Nevers, où elle veut se faire complètement oublier pour pouvoir être toute au Seigneur qui lui a fait de si grandes grâces : " Je suis venue ici pour me cacher, disait-elle, je veux rester pauvre."

Pendant ce temps, à Lourdes, une grande statue de la Sainte Vierge est placée à l'endroit même où elle apparaissait, dans le creux du rocher, et les travaux commencent pour construire la chapelle demandée.

Lourdes, capitale de la prière

Et maintenant, ce sont des millions de pèlerins, de tous les pays du monde, qui viennent chaque année à Lourdes "capitale de la prière", pour se recueillir, boire l'eau de la source et s'y laver. Chaque jour, il y a plusieurs processions sur la grande esplanade.
Et on ne compte plus tous les miracles, guérisons et conversions qui ont eu lieu ici.
Autour de la première chapelle, on a construit, tout près de la grotte, deux autres très grandes églises et aussi une immense basilique souterraine, en plus de tous les aménagements pour accueillir les pèlerins et les malades.

Mais au milieu de toute cette foule, chacun peut toujours se mettre à genoux et, comme Bernadette, comme le Pape Jean-Paul II en 1983 et en 2004, comme le Pape Benoît XVI le 14 septembre 2008, dire son chapelet à la grotte de Massabielle, au bord du Gave, en ce lieu béni où, un jour de février, vers midi, le Ciel s'ouvrit à une petite fille pauvre et ignorante qui ne savait que son chapelet.


 

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